La déferlante des réseaux sociaux

PHP, professeur, Université du Québec à Montréal

Depuis le début du siècle dernier, combien de temps a-t-il fallu aux divers outils de communication et de diffusion pour atteindre 50 millions d’utilisateurs : la radio, 38 ans ; la télévision, 13 ans ; l’iPod, 4 ans ; internet, 3 ans ; Facebook, 1 an ; Twitter, 9 mois. Ces chiffres, publiés par le cabinet McKinsey, permettent de voir la puissance de propagation des NTIC.

Avec 1,5 milliard d’utilisateurs, Facebook se positionne en haut du pavé. « Les médias sociaux réorganisent la manière dont nous partageons, évaluons, achetons, publions, jouons, travaillons, discutons, projetons notre image. » Et chose encore plus surprenante, aujourd’hui 70 % de l’accès à Internet se fait au moyen d’un service spécialisé. Connecter la planète entière d’ici 2020 : ce n’est pas la première fois que Mark Zuckerberg évoque sa volonté de rendre accessible Internet à tous dans les années qui viennent. Et certains comprennent que donner accès à tous signifie donner accès à Facebook.

Par ailleurs, Sergey Brin de Google s’est, lui aussi, lancé à la course à la connectivité mondiale, avec son projet Loon, qui consiste à lancer des ballons gonflés à l’hélium dans la stratosphère.

Voici comment le Magazine Le Tigre décrit d’une façon un peu humoristique la démarche de Facebook.

Autrefois, il y avait le monde du web traditionnel. Un réseau ouvert et libre, régi par des règles discutées dans des organismes internationaux à but non lucratif. Avec des protocoles permettant de créer différents types de communication : sites web, emails, peer-to-peer, etc.

Par opposition, la méthode de Facebook, qui est en passe de réussir le hold-up le plus stupéfiant de l’histoire de l’humanité, puisque 1,55 milliard d’individus ont, d’eux-mêmes, fait le choix de s’y inscrire et de l’utiliser majoritairement pour communiquer. Facebook est un site entièrement privé, qui utilise des protocoles qui lui appartiennent. Financé par la publicité, il offre en effet de multiples services gratuits, mais plus les utilisateurs restent sur Facebook, plus leur valeur auprès des annonceurs est forte…

Je rappelle néanmoins, ou je l’apprends à ceux qui l’ignorent que, depuis que la grande majorité des sites web placent un bouton « J’aime » relié à Facebook, la société américaine a accès, outre toutes les informations que vous avez publiées, à l’ensemble de l’historique de votre navigation web. Là encore, le profit pour eux est évident : vos centres d’intérêt étant mieux connus, il sera plus facile de vous exposer à de la publicité ciblée.

Il est par ailleurs frappant de constater que la plupart des utilisateurs de Facebook ne savent pas que tout ce qui est publié sur ce site lui appartient de facto. En effet, les conditions d’utilisation précisent que toute personne qui s’inscrit sur Facebook accorde à l’entreprise « une licence non exclusive, transférable, sous-licenciable, sans redevance et mondiale pour l’utilisation des contenus de propriété intellectuelle ». Ce qui veut dire, en clair, que Facebook peut faire ce qu’il veut du contenu posté sur son site. Photographes, vous mettez vos photos sur Facebook, ils peuvent les publier en affiches. Humoristes, vous testez vos plaisanteries sur Facebook, ils peuvent les éditer en recueils. Amoureux, vous écrivez un beau message à votre promise sur son mur Facebook, ils peuvent le vendre en cartes postales. Musiciens : vous faites écouter votre dernier titre sur Facebook, ils peuvent le sortir en album. Et ainsi de suite. Le tout, évidemment, sans que vous ne touchiez le moindre centime.

On peut se dire, après tout, que tant pis : c’est librement consenti, c’est ainsi que depuis toujours, par paresse ou par manque de temps ou de compétences, on s’en remet à d’autres.

Facebook échappe à toute forme de contrôle : c’est une société privée, qui fait ce qu’elle veut. Elle a beau jeu de rappeler que, évidemment, chacun est libre de s’inscrire ou non. C’est vrai. Mais elle fait tout pour que tout le monde bascule chez elle. Y compris des… services publics, les chaînes de télévision et de radio, les organismes communautaires, tous ceux qui veulent se faire connaître. Même les tenants du logiciel libre tombent dans le panneau !

Au-delà de Facebook (qui a acheté Instagram et WhatsApp), il existe une multitude de types de RSN et il s’en crée pratiquement chaque semaine. Mais tous les services de l’Internet ne peuvent pas être rangés dans la catégorie du WEB social.

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