Le financement participatif

MCF en SIC, Université Polytechnique des Hauts de France (INSA), Laboratoire LARSH, département DEVISU, Chaire UNESCO ITEN

Avec le transport, l’immobilier et l’alimentation, le financement participatif (FP) est un des secteurs clef de l’économie collaborative.

Le principe est simple : un porteur de projet (un artiste voulant produire un disque, une association humanitaire voulant construire un puit, un entrepreneur voulant créer son activité), prend contact avec une plate-forme généraliste ou spécialisée dans un secteur et définit avec elle la somme à collecter dans une durée déterminée. Si des particuliers soutiennent le projet à la hauteur demandée, le porteur de projet repart avec son financement et la plate-forme prend un pourcentage sur les sommes récoltées, sinon le particulier est remboursé et le site ne touche rien. La simplicité de ce modèle explique le formidable succès de ce processus qui s’est développé à la fin des années 2000 et qui semble, au niveau mondial, doubler son chiffre d’affaire global tous les ans3. Cependant, dans la pratique, ce modèle simple rencontre des modalités très variables.

La diversité du financement participatif. — Il y a trois manières d’appréhender la diversité du secteur.

La première, classique, est de distinguer le type de financement. Comme le montre le tableau N°1, il y en a trois :

  • Le don. On distingue le don totalement désintéressé et le don avec contrepartie (qui augmente avec le montant du don : une affiche pour 10 euros, une place de concert pour 100 euros, si on soutient le financement d’un album d’un groupe de rock, par exemple).
  • Le prêt. Il est souvent à intérêt (parfois même supérieur à celui que propose une banque classique), mais le prêt peut être aussi solidaire : l’emprunteur ne rembourse à chacun des créanciers que la somme exacte que chacun lui a prêtée.
  • L’investissement. La plupart du temps, il s’agit de prendre des parts du capital d’une entreprise (star up mais aussi coopérative), mais l’on peut aussi recevoir une part des bénéfices réalisés par le porteur de projet (si ce dernier en réalise bien sûr!)

La deuxième, moins classique, est de montrer comment les trois logiques présentes dans l’économie collaborative traversent aussi le FP, Comme le montre le tableau N°2.

Enfin, comme pour l’ensemble de l’économie contributive, le financement participatif est écartelé puisque la désintermédiation bancaire (ne plus passer par les banques pour le financement), obéit à deux visées idéologiques très différentes :

Une visée altermondialiste. Profiter du FP pour combattre le monopole des banques qui gèrent de manière privée un bien public (la monnaie) en redonnant un pouvoir d’agir aux citoyens, pour développer les projets locaux d’intérêt généraux, pour développer un micro crédit solidaire finançant les projets du Sud, etc.

Une visée néolibérale. Profiter de la réactivité et de la souplesse du FP pour prendre plus de risque que ne le font les banques classiques, trouver de nouveaux financements aux start up innovantes, créer de nouvelles professions libérales financières, tester la réaction du public à un nouveau produit en réduisant les coups marketings, etc.

Deux exemples illustrent ce grand écart idéologique. Le premier est Babyloan, la première plate-forme européenne de micro crédit solidaire en Europe (26 000 porteurs de projets aidés dans 17 pays). L’internaute choisit un projet de développement dans un pays du Sud proposé sur le site est fixe son montant (10 euros minimum) de prêt, si le projet est financé l’internaute est remboursé de la somme prêtée tous les mois.

Quand la somme totale est remboursée, il peut à nouveau prêter à un autre projet ou se retirer. Le deuxième est le site Indiegogo, un site de financement participatif qui collecte des fonds et prend un pourcentage des sommes collectées (que le projet aboutisse ou non), plus des frais de transactions !

Intérêts et limites. L’extension de ce secteur est très rapide. Médiamétrie, par exemple, révèle que le nombre de visiteurs français sur les sites spécialisés est passé de 130 000 à 800 000 en 5 ans. Cette expansion devrait se poursuivre puisque la Banque mondiale prévoit que le marché du FP représentera 96 milliards de dollars US en 2025. Une telle croissance est, indubitablement, liée aux facilités du web, mais le financement participatif est né bien avant, puisque le don charitable existe depuis des millénaires et que, c’est en mobilisant près de 120 000 personnes, que Pulitzer leva les fonds nécessaires à la construction du piédestal de la statue de la liberté. Ce succès rapide s’explique aussi par la crise de 2008 qui, à la fois, pousse à trouver des solutions nouvelles de financements et provoque une méfiance certaine vis à vis du système bancaire. Par ailleurs, il trouve son origine aussi dans un mouvement citoyen qui cherche à retrouver, dans tous les domaines, de l’alimentation à la démocratie en passant par l’énergie et la finance, un pouvoir d’agir égratigné par la toute puissance des administrations et des multinationales. Enfin, il se développe, parce qu’il répond aussi à l’exigence néolibérale de souplesse, de prise de risques et de rentabilité à court terme. Du coup, si les intérêts sont nombreux pour les porteurs de projets (diversification des circuits de financement, test de l’idée auprès du public, conseils des professionnels de la plate-forme), du côté des internautes-financeurs le premier problème est celui de la complexité du secteur.

Un secteur qui n’est pas stabilisé et où, sous prétexte, de favoriser l’émergence de projets solidaires au Sud, on peut fort bien ne contribuer qu’à enrichir grassement le seul propriétaire du site au Nord. De plus, la désintermédiation bancaire n’est pas sans danger. Certes elle peut pousser les banques à plus de souplesse et de réactivité, mais elle peut, aussi et surtout, entraîner une augmentation des risques pris par le particulier qui voit le danger de prêter à des projets peu honnêtes ou peu rentables accru par les délais très raccourcis d’examen des dossiers de certaines plates-formes de FP Ce dernier serait-il le paradis des emprunteurs, l’enfer des créanciers ?

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Références :

Ricordeau V. (2013), Crowdfunding : le financement participatif bouscule l’économie!, Paris, Éditions FYP.

Izuka M. (2015), Les rouages du financement participatif, Paris, Edubanque éditions.Tableau 1. — Trois grandes formes de financement participatif

Tableau 2. — Les trois logiques de l’économie du partage à l’œuvre dans le financement participatif

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