Archivage

Artiste en Art Programmé et Doctorant CIFRE

L’archivage désigne l’ensemble des processus à travers lesquels une oeuvre d’art numérique persiste dans le temps. L’artiste se trouve confronté à la problématique de la conservation de son travail et doit faire face à l’incompatibilité croissante de son programme vis-à-vis d’un milieu technique qui ne cesse d’évoluer.

Le problème d’une oeuvre construite avec l’ordinateur, c’est la co-dépendance de l’une à l’autre. Effectivement, si un dispositif numérique quelconque produit une oeuvre d’art, les qualités plastiques de celle-ci reposent entièrement sur l’état du système technique qui la rend perceptible en exécutant les instructions codées qu’elle contient.

Dans le cas d’une installation, la conservation de l’oeuvre équivaut à la conservation de l’ensemble des composantes (matérielles ou logicielles) de cette dernière. Mais même dans ce cas, les composantes matérielles de l’oeuvre peuvent se détériorer ou s’avérer obsolètes. Pour la majorité des oeuvres, dont le principe repose sur la lecture d’un exécutable sur un ordinateur personnel, force est de constater que si le programme ne change pas et contiendra toujours l’oeuvre, au moins au niveau de ses potentiels esthétiques, les composants matériels de la machine et les divers logiciels qui en constituent la réalité évoluent sans cesse. C’est encore plus perceptible dans le cas d’oeuvres réalisées avec le réseau. Les ressources impliquées peuvent avoir disparues, les services avoir changé de modalités et, de manière plus générale, les conditions mêmes de son hébergement sur Internet ne lui permettraient plus de conduire la réalisation de ses principes.

Une oeuvre d’art numérique est donc toujours dépendante de l’état du dispositif technique au moment de sa conception. Dans ce sens, les problèmes posés au conservateur ne sont pas si différents de ceux qu’il affronte déjà pour la conservation des arts médiatiques. Archiver ces oeuvres revient alors essentiellement à collectionner un maximum de traces documentaires relatives au fonctionnement intrinsèque ou aux conditions optimales d’exposition de celles-ci. Outre la production d’un corpus documentaire traditionnel visant à décrire le comportement et les attributs esthétiques de l’oeuvre numérique, se poser la question de sa conservation, c’est s’interroger sur leur pérennisation. Quel est processus le plus adéquat pour conserver l’état originel de leur conception ? Suivant les situations, on recense deux processus principaux :

l’émulation : pour faire persister l’expressivité de l’oeuvre originale dans le temps, il peut s’avérer judicieux d’utiliser des logiciels, appelés « émulateurs », capables de simuler précisément les configurations matérielles et logicielles de l’oeuvre dans les conditions précises de sa réalisation ;

la mise à jour : ce processus équivaut à la restauration d’une oeuvre traditionnelle par la correction d’un « bug » ou la réécriture certaines portions du programme afin de pallier l’obsolescence de leurs fonctionnements.

Alors que l’émulation correspond à la production d’un système reproduisant les caractères d’un autre, la mise à jour consiste à intervenir dans le code source du programme. L’usage de l’une ou l’autre de ces méthodes n’est donc pas sans conséquences, même minime, sur l’exécution de l’oeuvre, sur sa représentation

Si la technologie change au point d’affecter le corps de l’oeuvre jusqu’à en nier sa nature, ce en quoi elle exprime sa puissance plastique, alors il faudrait nécessairement que l’artiste, soucieux de sa démarche, la re-considère. Il peut laisser l’oeuvre mourir, et l’histoire de l’art se fait à partir de traces, ce qui impliquerait la mise en place de tout un « écosystème de la trace numérique » en se demandant ce qui, des traces de l’oeuvre, doit e^tre conserve´ : les capture-écrans de l’oeuvre lorsque celle-ci fonctionnait, une description textuelle exhaustive de ses attributs, le code source même, etc.

L’artiste peut aussi la réinvestir à l’image d’un perpétuel repentir, son oeuvre n’étant au final qu’un canevas digital perpétuellement actualisé. C’est le choix fait en créant LUX-U-®,-(i_RIP® (Marc Veyrat et Franck Soudan) : incinérer une oeuvre morte par causalité inadéquate, c’està- dire dont la mort s’explique par la disparition du service Internet impliqué. L’oeuvre étant soumise à un extérieur qui n’est plus, il devient inutile de mettre le code à jour. Ainsi est-ce finalement considérer qu’à l’instar du Land Art, il est de la nature même des oeuvres numériques de disparaître : elles y sont destinées. Plutôt que de subir cette impossible subsistance du code dans le temps, est invoquée une mort programmée comme partie intégrante de la démarche artistique, comme le creuset d’un nouvel espace de création.

Actualité de l’oeuvre conservée jusqu’à sa mort programmée, fin subie transformée en une fin voulue : cette démarche engage aussi un processus de conservation car sont produites des archives qui contiennent un certain nombre de traces, de matériaux documentaires et artistiques. Avec le numérique, la conservation des oeuvres peut ainsi faire oeuvre.

Contributions
Pour contribuer, connectez-vous ou inscrivez-vous

Enrichissements sur le web
Exemple d'expérimentation
29 septembre 2015

LUX-U-® ,-( i_RIP®, Franck Soudan et Marc Veyrat, 2010.