Art game

Maître de Conférence, directeure du projet OFabulis

Un art game est une création artistique contemporaine utilisant le jeu vidéo comme médium. C’est l’intention artistique revendiquée par l’auteur qui permet classer un jeu vidéo dans la catégorie des art games.

Il importe de ne pas confondre art game avec artwork. Les artworks sont les éléments graphiques (dessins, peintures, infographie) ayant servi de référence pour la création d’un jeu. Dans le cas d’un art game, l’oeuvre est le jeu dans son ensemble.

Aujourd’hui, la notion d’art game désigne principalement les jeux réalisés par des auteurs indépendants, c’est-à-dire n’étant pas rémunérés par un éditeur pour la création de leur jeu, et revendiquant le statut d’artiste. Ils sont le fait d’une petite équipe ou d’un créateur seul. La plupart de ces jeux adoptent un style visuel non réaliste: pixel-art ou rendu expressif. Par exemple dans Limbo (Playdead, 2010), l’intégralité des graphismes est en noir et blanc, décors et personnages apparaissant comme des silhouettes sombres dans la brume.

Les art games utilisent des supports numériques qui peuvent être traditionnels (ordinateur, console de jeu) ou prendre des formes plus innovantes avec des interfaces spécifiques et l’utilisation d’espaces mixtes, comme les jeux à réalité alternée et les urban gaming.

Le terme d’art game aurait été utilisé pour la première fois en 2002 par Tiffany Holmes, chercheuse de l’Institut d’Art de Chicago, à propos de jeux artistiques, pas uniquement vidéo. Elle défend que ces jeux aient comme origine les oeuvres des surréalistes et de Marcel Duchamp, suivi par les jeux vidéo sur borne d’arcade. D’autres chercheurs, comme Daniel Botz, défendent en revanche une filiation entre les art games et la demo scene des années 80. L’utilisation de la notion d’art game par les créateurs de jeux indépendants est récente et s’inscrit dans le mouvement global de reconnaissance du jeu vidéo comme art contemporain. Alors que le jeu vidéo commence à entrer dans des musées renommés – exposition Game Story (2011) au Grand Palais, l’acquisition de quatorze jeux vidéo par le MoMA (2012) –, il s’agit pour les auteurs de jeux d’affirmer le statut artistique de leur création.

Un des premiers jeux de ce type à avoir obtenu un important succès critique et public est Samorost de Jakub Dvorský (2003). Aujourd’hui, des jeux comme The Graveyard (Tale of Tales, 2008) bénéficient d’une large reconnaissance liée aux compétitions de jeux indépendants (Independant Game Festival, par exemple).

Les créateurs actuels d’art game portent souvent un intérêt prononcé pour l’art contemporain, champ dans lequel ils s’inscrivent, ainsi qu’à l’esthétique et à la théorie des jeux. Les art games sont ainsi considérés comme érudits, voir élitistes par les joueurs et la presse vidéoludique. Ils entretenaient jusqu’aux années 2010 un rapport de défiance mutuelle avec l’industrie du jeu vidéo : ces créateurs n’ont accès ni aux moyens ni à la couverture médiatique de celle-ci et montrent souvent un certain mépris à son égard. Cette défiance et l’aspect élitiste des art games tend à diminuer aujourd’hui grâce à la popularité de certaines oeuvres et parce qu’une place plus importante est accordée au jeu indépendant par les plateformes principales de vente de jeux vidéo.

Les art games étant des jeux vidéo, ils sont, comme ceux-ci, à l’intersection de multiples disciplines: informatique, arts visuels, design d’interaction, littérature, etc.

Contributions
Pour contribuer, connectez-vous ou inscrivez-vous

The Graveyard
Exemple d'expérimentation
29 septembre 2015

The Graveyard, Tale of Tales (2008)

Samorost
Exemple d'expérimentation
29 septembre 2015

Samorost, Jakub Dvorský (2003)

Limbo
Exemple d'expérimentation
29 septembre 2015

Limbo, Playdead (2010)