Art sonore

Maître de Conférence en Information et Communication, Artiste et Designer

L’art sonore fait référence à la création, à la sélection et à la réinterprétation d’ondes sonores disponibles dans un environnement donné avec pour objectif de formuler un discours esthétique. La particularité de l’art sonore réside dans les vibrations qui traversent le corps humain et les objets matériaux, tout en générant des réactions au-delà la contemplation visuelle.

Parmi les expressions de l’art sonore, la musique peut être considérée comme l’un de ses supports car elle implique la sélection de sons produits par des instruments et artefacts musicaux. Ne´anmoins, l’art sonore n’est pas force´ment e´quivalent a` la musique ; pour ce fait, il est nécessaire que la musique ait un discours esthétique et artistique.

Dans l’art sonore numérique, les ressources de production peuvent être le support d’une oeuvre complète. En effet, des outils logiciels comme Max/MSP et PureData, créés par Miller Puckette en 1989 et 1990, respectivement, permettent l’expérimentation sonore au travers des processus algorithmiques accessibles depuis une interface de programmation graphique. Dans ces supports de création, les objets se relient entre eux donnant forme à un « patch ». Les résultats vont des oscillateurs simples aux samplers et synthétiseurs complexes (avec des niveaux d’imbrication profonds). Un autre cas exemplaire est le logiciel SuperCollider, qui génère du son par le biais de codes de programmation textuels.

Ces outils utilisent, à la base, des objets préprogrammés dans le système afin d’établir une interactivité entre patch et interfaces physiques comme le corps humain, les senseurs de mouvement, les photo-capteurs, les phonocapteurs, les instruments MIDI, les synthétiseurs, la matière organique, entre autres. La valeur esthétique des logiciels se trouve dans la possibilité de créer autant de combinaisons que l’auteur puisse imaginer. Une oeuvre comme Xth Sense (2012) de Marco Donaruma mélange, par exemple, un patch PureData avec des phonocapteurs de très haut sensibilité pour amplifier le son produit par les fibres musculaires en mouvement. Sound of Honda (2013) de Daito Manabe, emploie une série d’échantillons d’automobiles formule 1 et les importe dans un patch Max/MSP connecté à des photo-capteurs et senseurs de mouvement pour simuler la mouvement et vitesse de l’automobile dans la piste.

Les codes de signification de l’art sonore e´voluent dans le temps, soulevant plusieurs aspects de la sonorite´ a` divers moments.. Par exemple, les études réalisés par John Cage sur l’esthétique du bruit et du silence (Silence : lectures and writings, 1961) ; les paysages sonores de Murray Schafer (The World Soundscape Project, 2007) ; les objets sonores de Pierre Schaeffer (Traité des objets musicaux, 1966) ; les compositions pour orchestre de Karlheinz Stockhausen (Helikopter-Streichquartett, 1955) de Julián Carrillo (Fundamentos del sonido 13, 1942). Tous ces exemples ont un référent similaire et évoquent une même signification.

Plus récemment, on peut trouver des manifestations qui traitent en temps réel les ondes sonores par la manipulation des synthétiseurs, samplers, éditeurs analogiques et numériques, entre autres outils software et hardware. Les résultats permettent la modélisation physique du son à des fins créatives. On peut mentionner l’oeuvre Ten miles of visibility (2013) de Misael J. Marín, qui emploie la technique du microéchantillonnage pour modifier les ondes de 41 l’ambiance d’une cabine Boeing 747 et humaniser esthétiquement une machine. Également dans la pièce No-one (2012), Marín utilise du code de programmation textuel, des synthétiseurs, du micro-échantillonnage de la voix humaine, le tourne-disques et l’enregistrement d’ondes électrostatiques pour créer un environnement sonore où la voix humaine voyage dans les objets sonores propres aux machines.

Actuellement, l’art sonore s’étudie et se pratique en relation à d’autres disciplines théoriques comme la musique, la sémiotique, l’anthropologie, le remix, les études culturelles et l’intersubjectivité.

Contributions
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Œuvres sonores
Exemple d'expérimentation
1 octobre 2015
  • Julián Carrillo, Fundamentos del sonido 13, 1942
  • Karlheinz Stockhausen, Helikopter-Streichquartett, 1955
  • John Cage, Silence : lectures and writings, 1961
  • Pierre Schaeffer, Traité des objets musicaux, 1966
  • Murray Schafer, The World Soundscape Project, 2007
  • Marco Donaruma, Xth Sense, 2012
  • Misael J. Marín, No-one, 2012
  • Misael J. Marín, Ten miles of visibility, 2013
  • Daito Manabe, Sound of Honda, 2013