Autonomie (des créatures virtuelles)

Maître de Conférences HDR en Esthétique et Sciences de l’art

L'autonomie d’une créature virtuelle échappe à l’instrumentalisation d’une temporalité externe et développe une capacité de mouvement, d’évolution ou d’action irréductible à un déterminisme préalable ou à une préprogrammation. Une créature virtuelle autonome incarne une altérité plus ou moins ouverte à l’interaction selon qu’elle relève d’un modèle de l’autonomie ouverte ou autosuffisante.

Les artistes numériques ont développé les différents degrés d’autonomie de son modèle autosuffisant à ses formes les plus ouvertes à l’altérité. L’oeuvre minimaliste d’Antoine Schmitt, « Pixel blanc » d’A. Schmitt (1996), illustre bien le parti pris de développer une interaction interne au « système autonome » permettant de contempler de l’extérieur le comportement de cette créature virtuelle qui, pour être minimale, n’en génère pas moins pour autant des projections de la part du spectateur. Envisagées à l’horizon de la « seconde interactivité* », les créatures virtuelles autonomes conçues dans les oeuvres réalisées par M. Bret illustrent bien l’incidence de la capacité d’apprentissage des réseaux neuronaux qui leur confère la capacité d’une action autonome résultant d’une émergence et non d’une préprogrammation. L’autonomie comportementale ménage quant à elle d’autres formes d’ouverture et d’interaction tant avec les visiteurs qu’avec les éléments de l’environnement (cf. en particulier « Ceci n’est pas un autoportrait » de D. Risch, « Sur-natures » de M. Chevalier et « Le Petit chaperon rouge » de F. Aziosmanoff). Les créatures virtuelles conçues par C. Ikam et L. Fléri décentrent quant à elles l’autonomie vers l’étrangeté d’une rencontre avec des visages où se profile une altérité radicale.

L’autonomie des créatures virtuelles est dans la filiation hégélienne de « l’autonomie de l’objet beau » (Hegel, 1995) où le beau est, à l’image du vivant, non soumis à une finalité extérieure. Le modèle d’autonomie des artefacts est l’auto-organisation du vivant (irréductible à l’instrumentalisation par une fin extérieure). Les artefacts autonomes ont évolué en fonction des modèles du vivant (modèle mécaniste du vivant et automates ; auto-organisation du vivant et créatures virtuelles autonomes).

Une première conception de l’autonomie vise l’indépendance quant à la préprogrammation et l’environnement. Tenter d’échapper à toute dépendance conduit à une autonomie autosuffisante (la liberté étant posée comme indépendante de toute cause extérieure) : c’est le modèle de l’autonomie fermée où, plus il y a d’autonomie, moins il y a d’interaction. Cependant, à l’image du vivant, les créatures artificielles ont été dotées, outre d’une intelligence artificielle, d’un corps (devant se nourrir et s’ouvrir à l’environnement en interagissant via des capteurs sensoriels). De là le dépassement de l’autosuffisance vers le modèle d’une autonomie ouverte (où, plus il y a d’interaction, plus il y a d’autonomie) compatible avec l’altérité et le « gestus* » des créatures virtuelles.

Contributions
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La Société des clones à l’ère de la reproduction multimédia
Références
1 octobre 2015
Auteur : Isabelle RIEUSSET-LEMARIÉ
Editeur : Actes Sud
Commentaire :

Des statues vivantes égyptiennes aux automates du XVIIIe siècle, des robots de la science-fiction aux créatures de la “vie artificielle”, s’est constituée une longue lignée des figures du double comme autant de témoignages symboliques d’une aventure anthropologique depuis toujours hantée par le désir démiurgique d’animer de vie une création à l’image de l’homme. Or, si le XXe siècle n’a pas inauguré le processus de la duplication, il en a intensifié les effets et élargi les applications jusqu’à laisser envisager le clonage humain.

Cours d’esthétique I
Références
1 octobre 2015
Auteur : Georg Wilhelm Friedrich Hegel
Editeur : Aubier - Bibliothèque philosophique
Commentaire :

traduction de Jean-Pierre Lefebvre et Veronika von Schenck, Aubier