Collection

Editorialiste, Commissaire indépendant et Critique d’Art

La collection rassemble des objets sur un thème, comme l’art ou le numérique. Réunir, entretenir et gérer cette collection est le fait de collectionneurs, qui achètent et vendent leurs oeuvres en direct ou par l’entremise de galeries, de courtiers ou de ventes publiques. Conservation, maintenance, obsolescence : faire une collection d’art numérique pose des difficultés qui rebutent collectionneurs et institutions.

En 1998, la revue d’art numérique Synesthésie. com donne carte blanche à Miguel Chevalier pour une pièce on-line. Ce jeune artiste des nouveaux médias qui souvent plonge dans un esthétisme des fractales, imagine les 1-0-1 Dalmatiens. Cette pièce de Net art propose à l’internaute de débuter une collection d’art numérique en composant une oeuvre originale à partir des modèles de chiens formés de zéros et de uns, puis de l’imprimer et de l’envoyer à l’artiste qui le lui signe et lui le retourne.

Il y a quinze ans, Miguel chevalier en signe une soixantaine et aujourd’hui Synsthésie.com réactive cette pièce dans son centre d’art virtuel (CAV). Miguel Chevalier s’engage à signer les 101 premières épreuves de ces 101 Dalmatiens.

Mais depuis plus de vingt ans, comment se fait-il que le marché de l’art contemporain ait rejeté l’art des nouveaux médias ? Que les collections institutionnelles et privées soient passées à côté de cet aspect de la création contemporaine ? Pour le critique d’art Christophe Kihm, « les collectionneurs ne sont pas touchés par les arts numériques car il a peu de critiques capables de parler et faire parler de l’art numérique. Et pourquoi ça ? Car il n’y a pas assez de collectionneurs attachés à l’art numérique ! ».

Il faut sans doute comprendre que les artistes et les galeristes décidés à promouvoir l’art des nouveaux médias ont à contractualiser d’une autre manière l’acquisition de ces nouvelles oeuvres : assurer une maintenance et rassurer des collectionneurs qui, pour la première fois dans l’histoire de l’art, doivent s’imaginer grandir avec des oeuvres d’art interrogeant désormais une nouvelle façon de faire collection.

La collection d’art numérique et de nouveaux médias dépend bien sûr du marché de l’art, mais aussi de la conservation d’oeuvres et à ce titre présente deux difficultés. La première est la volatilité technique de ces oeuvres. Ces pièces des nouveaux médias mettent en oeuvre des hardwares et des softwares dont les technologies progressent à une vitesse prodigieuse. Le second problème se situe dans leur interactivité souvent extérieure. Ce sont des « pièces vivantes », souvent in progress. Métamorphose, obsolescence technique et ouverture du média en open source ne mettent pas en confiance des collectionneurs trop conventionnels.

Comment l’accrocher dans son salon, la laisser à ses enfants et petits-enfants, comment va-t-elle prendre de la valeur ? De nouveaux collectionneurs sont là, qui achètent des minisites de Rafaël Rozendaal, ou Le portrait Facebook de Marcel Duchamp de Thomas Cheneseau, les routeurs de News 2 à la Galerie XPO ou les .gif de Paddle One à l’automne 2013 à New York et même des oeuvres à la Fiac, Yia ou au Show Off.

Faire collection à l’heure du numérique nécessite un dialogue à long terme entre des marchands et des artistes qui comprennent la fragilité de ces nouvelles collections qui vont faire date sur les traces d’association comme Spamm.fr pour fédérer les plasticiens des nouveaux médias, faire collection avec spamm.arte.tv et faire oeuvre ensemble. Si la collection est d’ordre patrimonial, les institutions n’ont guère donné l’exemple. Le travail réalisé par l’espace Gantner ou le ZKM (Zentrum für Kunst und Medientechnologie de Karlsruhe) montre la voie.

Contributions
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Espace Multimédia Gantner
Exemple d'expérimentation
1 octobre 2015

Espace Multimédia Gantner, sur le territoire de Belfort.

Spamm.fr
Exemple d'expérimentation
1 octobre 2015

Manifeste de 2 plasticiens Thomas Cheneseau et Systaime et d’un commissaire Jean Jacques Gay, pour un art digital visible par le plus grand nombre.

Paddle On
Exemple d'expérimentation
1 octobre 2015

Une sélection d’artistes internationaux comme Silvia Bianchi + Ricardo Juárez, Petra Cortright, Alexandra Gorczynski, Joe Hamilton, Ilja Karilampi, Brenna Murphy, Aude Pariset, Sabrina Ratté, Casey Reas, Rafaël Rozendaal, Nicolas Sassoon, Molly Soda, Kate Steciw, Mark Tribe, Clement Valla, Addie Wagenknecht, et Jamie Zigelbaum

Les 1-0-1 Dalmatiens
Exemple d'expérimentation
1 octobre 2015

Les 1-0-1 Dalmatiens, pièce de Miguel Chevalier, commissariat Jean Jacques Gay

Synesthésie
Exemple d'expérimentation
1 octobre 2015

Synesthésie, première revue française sur et pour l’art numérique, qui a développé un Centre d’art virtuel CAV.