Conditions de travail et numérique

maître-assistante en management des ressources humaines à l’Institut des Hautes Études Commerciales de Sousse, Tunisie.

Les conditions de travail et le numérique désignent l’ensemble de la vie de travail du salarié associé à de nouveaux équipements numériques de travail, qui par leur usage, transforment les situations traditionnelles de travail en situation de changement, d’innovation.

Entre culture de l’entreprise et culture du numérique, les conditions de travail et le numérique poursuivent trois perspectives de transformation :

  1. La modification des conditions d’exercice des activités : d’abord, la diffusion des nouveaux outils de travail, comme les terminaux mobiles (téléphones portables, smartphones, tablettes, micro-ordinateurs) concernent tous les métiers manuels ou intellectuels, métiers de la connaissance ou de l’expérience. Ensuite, les modes de travail (via les réseaux sociaux, les communautés de pratiques, cloud computing, l’usage du courrier électronique, des groupes de discussion et des forums) influent sur l’organisation et la structuration des échanges (en interne et en externe) qui se substituent aux outils traditionnels (messagerie).
     
  2. L’apparition de nouveaux métiers : la majorité des fonctions de l’entreprise est concernée par ce changement qui nécessite le développement ou l’acquisition de nouvelles compétences (dans le domaine des TIC).
     
  3. L’adaptation par rapport aux évolutions traditionnelles de l’entreprise : les nouveaux équipements posent les questions de l’apprentissage par la formation des salariés sur plusieurs sites (e-learning), de l’acquisition et de la reconnaissance de nouvelles compétences ainsi que de la régulation de leurs usages. Intégrer ces nouveautés entend une capacité d’adaptation à la vitesse de leur diffusion.

Quelle que soit la structure de l’entreprise, le numérique bouleverse les conditions traditionnelles de travail en opérant des transformations dans l’environnement de travail au niveau :

  • de l’organisation du travail (travail à distance, création de nouveaux collectifs professionnels basés sur de nouvelles méthodes de travail plus collaboratives, plus participatives rompant avec la culture du reporting et du contrôle, conception de nouveaux espaces de travail plus ouverts favorisant l’échange et la coopération)
     
  • du management (management de projet, management à distance, animation de communautés).
     
  • des nouvelles formes de travail hors salariat (emploi de travailleurs du numérique hors du champ du salariat). La réussite de la transformation digitale dans la vie professionnelle dépend de la capacité à gérer les interactions entre « numérique et acteurs » concernés par ce type d’innovation, c’est-à-dire à gérer les temps de connexion et de déconnexion en termes de stress, d’équilibre entre travail et vie privée et de responsabilité au sein des entreprises. Il s’agit tout court d’en tirer parti et concilier flexibilité humaine et performance du numérique. – de l’accomplissement du travail : en valorisant le travail participatif, le déploiement des outils innovants contribue au bonheur, à l’épanouissement, car il oblige à réinventer un modèle de sociabilité, crée de la valeur et génère de nouveaux savoirs faire professionnels (blogs, recours au wiki (outil de co-écriture), espaces contributifs (Mynews), moteurs de recherches (Google), usage de plateformes de travail collaboratif).  

L’exemple de la technologie 3D dans la conduite d’un projet peut être cité. Celle-ci offre des possibilités permettant de simuler le travail futur : réaménager des espaces, moderniser une ligne de production, faire évoluer un système d’information. Dans un contexte de travail et d’organisation en évolution continue, la technologie 3D transforme la vie au travail des salariés en libérant leur créativité, en facilitant leur participation au processus de fabrication et en leur offrant la possibilité de tester leurs idées. D’un autre côté, elle permet au chef de projet, leader transformationnel, d’anticiper les problématiques liées aux conditions de travail. 

L’appréciation des conditions de travail et le numérique s’inscrit en rupture par rapport à l’approche de « la conduite de projet ».

  • La conduite de projet est une démarche, une organisation méthodologique temporaire aux objectifs précis. Les conditions de travail et le numérique sont une combinaison d’évolution du cadre de travail dans lequel sont conduites des transformations liées au mode de travail. Ils relèvent de l’ouverture, de la compréhension des acteurs et de leur volonté de diffuser le travail en mode numérique et de trouver des solutions optimales. La réussite de cette diffusion dépend du choix de la bonne solution.
     
  • La conduite de projet est un programme finalisé lié à des actions coordonnées nécessitant des compétences multiples alors que l’introduction du numérique dans les conditions de travail vise l’adhésion, la mobilisation de la plus grande partie du personnel pour s’adapter à l’environnement.
     
  • La conduite de projet impose des compétences réparties et des responsabilités attribuées. Le développement des conditions de travail passe par la modification de savoir faire par l’introduction d’outils informatiques et qui seront intériorisés et reproduits.
     
  • La conduite de projet est une activité qui implique des personnes issues de groupes, d’institutions, et de communautés variées et aux conditions de travail différentes pouvant générer des conflits. Le numérique est un univers de l’adhésion et du changement pouvant contribuer à l’amélioration de la qualité de vie au travail.  

L’appréciation des conditions de travail et le numérique s’inscrit avec l’approche de « projet d’entreprise », vu comme une communauté d’entreprise, un modèle post rationnel, une vision à long terme impliquant la participation d’un nombre important de ressources humaines. La compréhension des conditions de travail et le numérique peut aussi s’inscrire avec l’approche du « changement managérial » au sens de Boneu, Fettu et Marmonier pour qui, le changement vise à « changer les modes de fonctionnements individuels et collectifs des hommes dans l’organisation, leur manière de diriger, d’être dirigés, d’interagir au sein de l’entreprise et avec l’environnement de celle-ci, de travailler, de prendre et d’assumer des responsabilités » (1992, p. XV). En opérant des transformations continues dans les conditions de travail, le numérique vise le processus humain de changement, et non le processus de gestion de changement. 

« Pour que le travail s’accomplisse avec intérêt, voire plaisir, il faut en supprimer le caractère obligatoire » (Vian, 1979 [1951], p. 166). Le numérique est un outil de travail pour penser l’évolution du travail et le bien-être au travail par les transformations qu’il génère dans l’environnement de travail. Repenser ses aspects contraignants relève aussi de la transformation pour améliorer les conditions de vie au travail.

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Références :

Boneu, F., Fettu, F., & Marmonier, L, 1992, Piloter le changement managérial, Paris, Éditions Liaisons.
Vian, B., 1979 [1951], Traité de civisme, Paris, Christian Bourgois.

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