Cybercommunauté

Maître de Conférence en Mathématiques et SHS

Une cybercommunauté est un ensemble d’entités (personnes, institutions, organismes etc.) qui s’échangent de l’information, volontairement ou non, en tissant des liens qu’ils ne maîtrisent pas systématiquement. L’information, encodée numériquement et manipulée formellement, comporte une part invisible à laquelle s’ajoute une complexité structurelle où l’espace et le temps semblent absents.

La théorie des graphes constitue le soubassement mathématique pour l’étude des réseaux sociaux, qui participent aujourd’hui activement à la diffusion et la dissémination de l’art numérique. Mais la mise en pratique de cette théorie ne peut être envisagée qu’avec des possibilités de calcul dépassant les capacités humaines. C’est l’avènement du traitement numérique de l’information qui va permettre d’appréhender la complexité d’une telle tache. Ces méthodes numériques sont aujourd’hui disparates et hétérogènes mais toutes sont basées sur le recueil et le traitement d’une information numérique de plus en plus disponible par l’usage croissant des nouvelles technologies dans nos sociétés.

Pour l’étude des cybercommunautés, on peut distinguer trois approches. L’une, topologique, est basée sur la classification, le partitionnement et la hiérarchisation. Cette vue macroscopique se complète par une approche microscopique qui concerne les individus, leurs liens et leurs rôles dans les cybercommunautés (centralité, intermédiarité etc.).

Ces deux premières perspectives permettent de dresser une cartographie descriptive des cybercommunautés. Enfin, l’approche analytique s’intéresse aux liens structurant une cybercommunauté et leurs évolutions dans le temps et en fonctions des évènements.

Cette dernière, plus formelle, nécessite un travail interdisciplinaire entre sociologues, mathématiciens, artistes, informaticiens et politistes, comme par exemple pour réaliser le portrait social d’un individu dans le projet U-rss (http://u-rss.eu/).

Les premiers travaux en sociologie et psychosociologie portaient sur des communautés de taille relativement petite et analysaient les relations entre les entités en s’appuyant sur des modèles algébriques, comme par exemple la théorie des monoïdes pour modéliser les structures de parentés, ou sur des modèles probabilistes, comme le modèle logit dans l’étude de la dynamique des communautés.

La taille des cybercommunautés devient gigantesque et les liens fluctuent continuellement. C’est la théorie des graphes qui va permettre d’appréhender cette complexité. Les travaux récents ont mis en évidence une structure macroscopique des cybercommunautés. Plusieurs modèles sont proposés : le modèle de Erdos- Rényi, le modèle de Watts et Strogatz, le modèle d’Albert et Barabasi et, plus récemment, celui de Guillaume et Latapy. Ceux-ci permettent une analyse topologique et analytique. Ils s’appuient sur une approche quantitative des liens (densité, diamètre, clusterisation etc.). Ils gèrent peu ou pas du tout l’aspect dynamique de la structure de réseau sous-jacente à des communautés constamment en évolution.

Lorsque Manfred Mohr — plasticien mais également musicien de Jazz — découvre à Paris les travaux de Pierre Barbaud (musique générée par ordinateur) en 1967, il apprend la programmation en autodidacte et conçoit ses premières oeuvres à partir d’algorithmes* représentés à l’aide d’un traceur emprunté à la météorologie nationale.

Contributions
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U-rss
Exemple d'expérimentation
1 octobre 2015

U-rss est une oeuvre numérique qui permet de créer des portraits sociaux de collectivités ou de personnalités, géolocalisés sur Google Earth.