Écran

Professeure émérite en Sciences de l’Information, Communication de l’Université Paris 8. Titulaire de la Chaire UNESCO ITEN (Innovation, Transmission, Edition Numériques)

L’écran est un support de représentation permettant de matérialiser et de visualiser un contenu virtuel grâce à des technologies très évolutives. Les écrans varient en termes de taille, de forme et de fonctionnalité.

Parmi les principales technologies utilisées pour la fabrication d’écrans, on peut signaler les tubes cathodiques, le plasma, le Digital Light Processing, les écrans à cristaux liquides, les écrans à encre électronique (e-ink), et la technologie analogique résistive ou la technologie capacitive pour les écrans tactiles.

La distinction initiale entre le grand écran du cinéma et le petit écran de la télévision domestique ne suffit plus à rendre compte de la réalité. A ces deux catégories d’écrans se sont ajoutés de multiples supports: le moniteur d’ordinateur, l’écran home cinéma, l’écran 3D (avec ou sans lunettes), les écrans de téléphones portables, les écrans de tablettes, de liseuses, les écrans du matériel urbain ou encore des tables tactiles. La question de la complémentarité des terminaux ou de leur fusion est récurrente depuis l’arrivée de l’informatique. Elle s’est accentuée avec la généralisation de la numérisation de l’ensemble des contenus.

Le développement de la domotique et des objets communicants impose un agencement entre les écrans privatifs et collectifs. Dans cette logique le matériel urbain, par exemple, explore de nouveaux services. Il communique et interagit grâce à ses écrans avec les passants notamment par le système de reconnaissance de forme.

La question de la disparition de l’écran est une question centrale en termes d’usages et de gabarits. Elle fera profondément muter la représentation et le rapport de l’homme à la virtualité. Cette question prospective est expérimentée à travers des usages en salle immersive notamment pour les jeux vidéo et l’art numérique. L’art numérique explore les interactions entre avatar et humain et déplace les lignes de représentation.

Le crossmédia est la résultante de cette multiplicité et de ces complémentarités en voie de redéfinition. Les scénarios inter-écrans exploitent les spécificités et les usages liés aux différents écrans-terminaux.

Chaque écran dans sa fonctionnalité initiale a correspondu à une écriture qui s’est constituée progressivement avec ses gabarits, ses choix ergonomiques, et ses modalités scénaristiques. Les usages initialement différenciés de chaque écran absorbent en partie ou totalité des fonctionnalités portées traditionnellement par d’autres. Un des exemples les plus représentatifs est la généralisation de la lecture de la vidéo sur les téléphones.

Le rapport à l’écran évolue, avec l’arrivée de l’interactivité, qui est passée de la télécommande à la virtualisation de soi dans l’écran. Ces nouvelles modalités de représentation à l’écran réinventent le rapport entre l’homme et son action virtuelle, en modifiant sans doute son rapport au réel. L’apprentissage sur écran, qui se généralise dès la petite enfance, apportera des informations sur les mutations au niveau cognitif.

Contributions
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“Les noces de Cana” par Peter Greenaway (Venise)
Exemple d'expérimentation

L’église “San Giorgio Maggiore” à Venise est située sur une île qui fait face à la place Saint-Marc et au palais des Doges. Elle a été conçue par Palladio à partir de 1566 et a appartenu à la congrégation des Bénédictins. Ces moines occupaient l’île depuis 982.

C’est pour couvrir le mur faisant face à l’entrée du réfectoire du couvent (également conçu par Palladio en 1561) que le peintre vénitien Paolo Veronese a peint les noces de Cana en 1563 (un tableau de 6,66m par 9,99 m).

Ce tableau, qui était célèbre dans toute l’Europe et que les voyageurs de l’époque venaient admirer, a été volé en 1797 par les armées de Bonaparte (le tableau a été découpé pour en permettre le transport).

Il est aujourd’hui au musée du Louvre et a été restauré au début des années 90. A cette époque, Carla Bruni a milité pour son retour à Venise.

Le couvent est depuis 1951 le siège de la fondation Giogio Cini qui l’a restauré et transformé en centre culturel.

Un fac-similé du tableau de Veronese a été placé à son emplacement d’origine et c’est autour de lui que Peter Grennaway a imaginé un spectacle multimédia diffusé à l’occasion de la 53ème Biennale.

Proposé en italien et en anglais, le spectacle utilise des projections numériques sonorisées en haute définition sur le fac-similé et sur les murs du réfectoire. Les différentes parties du tableau et leurs personnages sont explorés successivement, accompagnées de dialogues imaginaires entre les convives. Le résultat est une réussite.

Une nouvelle lecture de cette œuvre dans son espace d’origine est rendue possible grâce aux technologies numériques HD que Peter Grennaway a su adapter à son projet artistique et habilement faire oublier.

Le site de la Fondation Cini
http://www.cini.it