Freemium / Premium

Professeure émérite en Sciences de l’Information, Communication de l’Université Paris 8. Titulaire de la Chaire UNESCO ITEN (Innovation, Transmission, Edition Numériques)

Le système freemium/premium correspond à une des formes de financement que peut prendre le modèle gratuit. Ce système, particulièrement utilisé sur Internet, est structuré autour de restrictions d’accès et s’adresse à une catégorie homogène d’usagers.

Ce modèle s’appuie sur une fidélisation de l’usager gratuit et une incitation à l’abonnement payant. Les contreparties classiques de l’abonnement premium sont généralement l’accès à de nouvelles fonctionnalités, l’augmentation des possibilités de stockage, l’accès à la totalité des contenus, l’accès au service pendant une durée illimitée, l’accès sans attente, l’accès rapide, la suppression de la publicité, ou encore l’accès au service sur un type de support particulier (par exemple téléphone).

Les offres d’essai limitées dans le temps ne peuvent pas être analysées comme appartenant au modèle freemium, car l’incitation à l’achat ne prend effet qu’à l’expiration de la date d’essai. Il ne s’agit donc pas de choisir entre un service gratuit et un service payant, mais de choisir de payer pour l’accès au service et plus généralement d’acheter la licence d’utilisation, une fois que la période d’essai est écoulée. Ce système est très répandu dans la distribution des logiciels, le coût de reproduction étant nul, le coût de distribution sur Internet étant limité et l’essai représentant une méthode efficace pour promouvoir un produit et permettre la familiarisation avec l’outil. Ce modèle s’apparente plus au modèle de l’appât par échantillon qu’au modèle du freemium.

Par contre comme le modèle de l’appât, le système freemium/premium s’intègre généralement aux services qui créent une dépendance chez l’usager. La dépendance peut être de nature technique, par exemple liée au caractère non exportable des données et contacts qui ont été renseignés sur le service, ou de nature plus psychologique et fondée sur l’effet de manque, c’est le cas notamment des systèmes qui brident le temps d’usage possible par jour.

Une des plus grandes difficultés dans la conception d’un service sur ce modèle est de fixer la limite entre ce qui relève du gratuit et ce qui relève de l’accès payant privilégié. Le service gratuit doit être de qualité suffisante pour créer ou répondre partiellement à un besoin et non pas seulement attirer l’attention. Le service payant doit s’inscrire dans une continuité avec le service gratuit en répondant de manière plus absolue aux besoins créés par le service gratuit. L’usager du service gratuit doit être convaincu progressivement de l’intérêt du service payant. Cette conviction peut passer par la perspective d’un avantage concurrentiel par rapport aux autres usagers (mécanisme souvent utilisé dans les jeux vidéo), la possibilité d’un usage sur un autre support (par exemple le téléphone portable ou la tablette tactile), ou encore par la création de frustration chez l’usager (limitation du temps d’usage dans une journée, restriction de fonctionnalités clefs identifiées, etc.).

L’incitation à l’achat d’abonnement premium, pour être efficace, doit être réalisée avec le respect de l’usager et avec une connaissance précise des offres concurrentes du marché ainsi que des barrières à l’accès du marché.

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