Gratuit (modèle économique)

Professeure émérite en Sciences de l’Information, Communication de l’Université Paris 8. Titulaire de la Chaire UNESCO ITEN (Innovation, Transmission, Edition Numériques)

La notion de gratuité, lorsqu’elle se réfère à un modèle économique, désigne un modèle qui n’est pas financé par la vente d’un service ou d’un produit au consommateur traditionnel. Les modèles économiques des entreprises proposant des services et parfois des produits sur Internet sont majoritairement empreints de gratuité.

La domination de ce modèle économique sur Internet s’explique principalement par la volatilité des usagers digitaux, et par les coûts faibles en stockage et en diffusion des services proposés. Les systèmes de cloud computing devraient d’ailleurs accentuer cette caractéristique. Les modèles économiques fondés sur la gratuité ne sont pas pour autant spécifiques à Internet: les journaux gratuits, les abris-bus, les services d’emballage de paquets cadeaux ou encore les échantillons de produits cosmétiques ont les caractéristiques de ce modèle.

La gratuité peut avoir plusieurs objectifs sur le long terme, et les modèles économiques qui en font leur composante principale ne parviennent généralement pas — dans un premier temps — à financer par leurs bénéfices leurs dépenses de maintenance et de marketing. La rentabilité de ces modèles peut reposer sur plusieurs méthodes qui sont souvent combinées.

La restriction de certains contenus, de certaines fonctionnalités ou de la capacité de stockage à un type d’usager qui n’a pas souscrit d’abonnement est très utilisée sur Internet. Cette méthode de restriction peut être utilisée pour attirer l’usager avec un service de qualité bien que bridé et à le convaincre progressivement de l’intérêt du service complet (par exemple des sites éditoriaux, des sites de téléchargement, des jeux). Ce système correspond au modèle freemium/premium et s’adresse aux usagers comme à un ensemble indifférencié. D’autres modèles économiques s’appuient sur ces méthodes de restriction en s’adressant à des catégories différenciées d’usagers. Ainsi le système de restriction peut aussi permettre le financement du service par un type d’usagers ayant un intérêt économique dans l’accès aux informations ou dans la prise de contact avec l’autre type d’usagers, et qui est prêt à payer pour visualiser l’ensemble des données du site et passer des annonces à un public élargi (par exemple LinkedIn®).

La restriction de l’accès aux usagers non abonnés par la mise en place d’un service payant après que le service a eu du succès (exemple Deezer®) et/ou la domination du marché soit avérée. Cette méthode largement pratiquée dans l’économie de l’immatériel sur Internet est souvent prohibée par le droit de la concurrence dans la mesure où elle relève de la pratique de prix prédateurs.

Le financement du service par la diffusion de publicité est aussi une méthode classique. La publicité peut être diffusée directement, ou les emplacements sur le site peuvent être loués à des régies publicitaires. Cette publicité peut être envoyée par courriel aux membres, être affichée sur le site (bannières, pop up et autres), ou intégrée dans le contenu.

Le financement du service par la collecte et/ou le traitement de données personnelles pour permettre aux régies publicitaires d’améliorer leur offre est un système de financement relativement opaque et généralement dissimulé aux usagers. Ce mode de financement est au cœur des stratégies de Google® (historiques de recherche, cookies, trackers, analyse) et de Facebook® (Facebook Connect®, Facebook Social Plugins®, Facebook Beacon®, etc.), qui vendent directement et indirectement des profils à des annonceurs publicitaires.

Le service peut aussi être financé par un système de donations volontaires (par exemple Wikipedia®, certains groupes de musique, etc.).

Le crossmédia appliqué aux modèles du gratuit peut permettre de financer l’accès gratuit à partir d’un support par l’accès payant à partir d’un autre support. Certaines offres d’écoute de musiques ou de jeux sont ainsi gratuites sur ordinateurs et payantes sur téléphone portable. Le crossmédia permet aussi de donner à l’usager un plus grand choix dans le mode de payement pour l’accès au service premium: il pourra ainsi payer par carte bancaire ou service de payement sur ordinateur, avec le micro paiement par téléphone mobile ou acheter le service physiquement dans un point de vente. Par ailleurs le crossmédia permet d’adapter les publicités proposées au type de support utilisé et éventuellement de n’en diffuser que sur certains supports.

Contributions
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Economie de la gratuité : rien n’est jamais vraiment “offert” sans contrepartie
Références
Contributeur(s) : Hatice BORAZAN, Yassine HAMDAOUI, Ferhan ALIC, Aniss HADJ SLIMANE, Noé MERGY
Institution : Université Paris 8
11 janvier 2022
Auteur : Anne VAAL - Doctorante, Chaire « marques et valeurs », IAE Paris – Sorbonne Business School
Commentaire :

Mon choix sur la référence abordée est celle de la notion du mot gratuité qui signifierait le fait d’obtenir un objet ou un service sans aucune contrepartie. Elle peut être qualifiée par ce que l’on reçoit sans payer, ce qui est fait ou donné sans que rien ne soit demandé en échange.

En effet, l’article The Conversation nous montre que la gratuité est, pour les entreprises, davantage une technique commerciale utilisée depuis bien longtemps la technique de la “gratuité” visant à fidéliser de nouveaux utilisateurs. Ce qui en ressort n’est pas vraiment en adéquation avec la définition de la gratuité. On nous offre par exemple une lame de rasoir gillette avec l’embout, mais on nous incite à acheter les recharges. C’est une stratégie de vente de plus en plus adoptée par les enseignes. Quoiqu’il en soit, la gratuité n’est jamais totale, et elle est soit temporaire, soit contrecarrée par un système de publicités permettant à l’entreprise de gagner de l’argent comme par exemple les applications dites gratuites, tels que Waze, s’appuie sur une contrepartie financière pour l’entreprise, contrepartie assurée par la publicité. (on voit ainsi l’utilisateur payer avec son temps).

Au-delà du « donner pour avoir »

A l’inverse, l’économie de la gratuité revient alors à considérer que les acteurs de l’entreprise, les consommateurs, ne donnent pas uniquement que pour recevoir. Former un nouvel arrivant dans l’entreprise pour le simple plaisir de transmettre, ou bien mettre à disposition son canapé gratuitement pour le simple plaisir de la rencontre, partager sa passion du jardinage sur YouTube pour le simple plaisir du partage, proposer un logiciel en version libre pour faire avancer la recherche, autant de comportements qui témoignent d’une forme d’économie de la gratuité. Ces comportements sont motivés par la volonté de dénoncer le mythe de la croissance et de la surconsommation. 

On constate que de nombreuses ressources nous sont offertes gratuitement, par la nature mais aussi par nos relations.