i-Mobile

Artiste et enseignant-chercheur, HDR, Université Savoie Mont Blanc, LLSETI, Chaire UNESCO ITEN, affilié au Laboratoire CiTu - Paragraphe

Le rôle de l’information utilisée comme processus d’intermédiation est fondamental dans les arts numériques. Cette information i-Mobile souligne une mécanique des flux. Elle définit en effet des allers retours incessants entre les dispositifs liés au spectateur, entre ce lieu de la réception, de la captation qui est censé le rendre en quelque sorte captif de l’oeuvre et le lieu d’émission des données, un serveur associé à une machine complémentaires d’un ou plusieurs programmes, souvent extériorisés par rapport à l’oeuvre même.

La mise en scène spectaculaire des flux d’informations dans l’oeuvre de Maurice Benayoun : tunnel sous l’atlantique, installée simultanément au Centre Georges Pompidou à Paris et au Musée d’Art Contemporain de Montréal en 1995, pourrait faire presque oublier au « spect-acteur » qu’il interagit avec une base de données, posté devant un écran. « L’univers s’engouffre dans les oeuvres parce qu’il y a du vide en lui-même et que l’expression critique offre un corps à nos désirs en quête d’objets » (Lyotard, 2002). Dans cette « société du spectacle » généralisée et attendue, la diffusion d’un programme à travers une interface ou même la simple circulation d’informations sur les réseaux définissent le concept du voyage i-Mobile : un déplacement virtuel d’imprégnation* créé par la manipulation d’informations hallucinatoires. L’i-Mobile est donc lié à une composition d’images qui s’agitent, qui attendent d’être saisies ; conduites aux frontières d’un eSPACE* fantasmé par un nouveau regardeur contemporain censé papillonner devant les interfaces numériques.

Pour tenter de rompre cet i-Mobile, il serait donc urgent de produire des interrupteurs d’apparence, sorte d’accidents de la circulation dans les flux qui pourraient s’apparenter à des bugs*, brisant toute narration dans leur continuité linguistique, tout enchaînement linéaire d’images. Le point de rupture marquant dans chaque cas un retour possible au corps dans le lieu de sa présence. Il faut désormais pouvoir accélérer, puis immédiatement ralentir, revenir en arrière, sauter des passages ou même des scènes entières, comme le propose les PiM’s (Personal investigation Material, Marc Veyrat, 2008). L’image, fixe ou en mouvement, doit être à l’image de la vie. JE sujet doit enfin pouvoir zapper, opérer des ellipses temporelles et revenir à la surface, pour surfer sur une longueur d’onde in/visible*. L’interrupteur (télécommande, capteur, joystick, surface tactile ou simple souris de l’ordinateur) devient l’arme absolue pour contrôler un point d’intervention où brutalement l’expression éteindre la lumière : la fin du programme, peut parfaitement correspondre à une absence volontaire et momentanée, dans la mise en scène on/off.

Contributions
Pour contribuer, connectez-vous ou inscrivez-vous