In/visible

Artiste et enseignant-chercheur, HDR, Université Savoie Mont Blanc, LLSETI, Chaire UNESCO ITEN, affilié au Laboratoire CiTu - Paragraphe

L’in/visible est posté au seuil du visible. Si il n’est pas donné directement à voir, il est pourtant intégré au coeur du programme définissant le visible (comme peut l’être par exemple un cookie) : il y a donc interaction entre ce visible et cet in/visible qui l’entraîne, l’interroge, le compresse ou le met sous tension. Précontraint à l’intérieur du visible, greffé à dessein sur son ossature, l’in/visible précise et tisse des liens, absorbe et envoie des informations…

Dans Le Temps et l’Autre (1980), Emmanuel Levinas parle d’In-visible, cette « relation avec l’In-visible où l’invisibilité résulte, non pas de l’incapacité de la connaissance humaine, mais de l’inaptitude de la connaissance comme telle ». Avec l’ordinateur et Internet, il devient évident que cet in/visible n’est jamais livré immédiatement dans ce qui est vu à l’écran, à la surface du programme.

En 2010, lorsque nous imaginons avec Franck Soudan l’oeuvre numérique U-rss (http://u-rss. eu), il nous semble important de révéler les liens sous-jacents que nous créons sur les réseaux, en particulier avec Facebook. L’idée est de construire à partir de ces liens — pour un individu ou une collectivité — un portrait social qui rende visible cet in/visible. Avec U-rss cinq applications autonomes sont donc conçues de manière hypermédia (ce sont volontairement des oeuvres dans l’oeuvre) qui vont nous permettre de dévoiler cette opération sous-jacente de contrôle des données, orchestrée par Facebook. Dans un premier temps l’application U-rss + scanner nous offre la possibilité de récupérer la base de données associée à chacun des murs interrogés, pour mettre en place les fondations de ce work in progress numérique. Puis ces données sont modelées visuellement à l’aide de quatre autres applications : i+DEAL, LUX-U-®-) i, oMi-Pi et Jet-i afin de créer un un i+D/signe*, véritable architexture du «portrait social en 3D», géolocalisé in fine sur Google Earth. Depuis cette première version de U-rss qui sera achevée fin 2015, les moteurs de recherche présents sur Google et Facebook se sont considérablement améliorés. Toutes les informations livrées quotidiennement (statistiques, pourcentages, provenances, commentaires…) montrent la complexité des liens qui s’attachent à notre insu autour de ce que nous postons sur les réseaux ou à partir des recherches que nous pouvons faire sur le web. La mort programmée des cinq applications (très vite obsolètes) qui régulaient la construction de chaque portrait social a été annoncée début 2013. Contrairement à ce qui se passe généralement avec les processus de mise à jour (des systèmes d’exploitations, des applications), elle va donner lieu dans U-rss à un événement singulier et irrémédiable. Une nouvelle application est spécialement créée sur et pour les réseaux : LUX-U-®,-(i_RIP® (serveur Penumbra, Facebook, Twitter), reprenant les caractéristiques, les points déterminants de LUX-U-®-)i (cf. matériau*). La crémation est orchestrée pendant trois jours : des images disponibles sur… sont convoquées par des requêtes avant de disparaître progressivement à l’écran. Elle devient une transposition effective des relations inhérentes qui existent à travers une mise en forme numérique, lorsque l’in/visible est rendu temporairement au visible.

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