Intelligence collective

Professeure émérite en Sciences de l’Information, Communication de l’Université Paris 8. Titulaire de la Chaire UNESCO ITEN (Innovation, Transmission, Edition Numériques)

La notion d’intelligence collective peut se définir comme une modalité de création de connaissances par un groupe d’individus qui partagent un objectif. Sur Internet, l’intelligence collective a pris une dimension considérable, en raison du nombre et de la diversité des usagers actifs.

Le dispositif de collecte permet à chaque individu d’apporter des données qui sont agrégées à d’autres données, traitées et transformées par l’intelligence collective en information et éventuellement en connaissance. Ces logiques sont bâties sur une accumulation de participations transformées pour produire un objet cohérent.

L’intelligence collective présuppose l’existence d’un processus de production encadré par des normes et garanti par une certaine standardisation. Les réalisations de l’intelligence collective peuvent être régulées par des modérateurs agissant pour maintenir une cohérence et une continuité dans l’application des principes définis en amont.

Le point de vue personnel est difficilement compatible avec les dispositifs utilisant l’intelligence collective. Néanmoins, lorsque l’intelligence collective s’inscrit dans un projet de coconstruction et que la répartition des tâches n’est pas tayloriste, les différents points de vue peuvent cohabiter et dynamiser ainsi la réflexion en stimulant de nouvelles créations.

Même de manière élémentaire, l’intelligence collective peut permettre, à partir de traces laissées ou apportées par les individus, de réaliser des cartographies informationnelles. Des communautés animales mettent en œuvre une forme d’intelligence organisationnelle que l’on peut qualifier de collective. Les apports distincts de chaque individu créent de l’information utile qui profite à la survie et à l’expansion du groupe voire de l’espèce. Confrontés aux nouvelles technologies de l’information-communication, les hommes expérimentent en société de nouvelles manières de produire de la connaissance, en mettant en place des systèmes de contribution. Dans cette logique, ils attribuent aussi à la machine des possibilités de communication et d’interaction étendues et partiellement autonomes, appelées intelligence artificielle. Les objets communicants utilisant cette intelligence artificielle permettent à l’homme de structurer en amont les relations entre ces machines, pour qu’elles puissent interagir, capter et renvoyer des données ainsi qu’utiliser des informations centralisées. La domotique, par exemple, permet une gestion programmée et/ou à distance des objets communicants liés à la vie quotidienne domestique.

L’augmentation des interactions individuelles, l’ampleur et la multiplicité des supports d’émission et de diffusion permettent de dynamiser les constructions produites par l’intelligence collective.

Contributions
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Intelligence collective & Open source
Apport théorique
26 janvier 2016

Internet représente dans l’imaginaire collectif l’une des innovations les plus importantes du XXème siècle. Il a été conçu à l’origine comme un medium, un outil permettant d’échanger une grande quantité d’informations à travers l’espace et le temps. Cette volonté de partage repose elle-même sur un postulat : l’intelligence d’une somme d’individus reliés entre eux sera toujours supérieure à la somme d’intelligences d’individus isolés.

Le World Wide Web que nous connaissons aujourd’hui est à la fois le fruit de cette croyance en l’intelligence collective mais aussi un espace où se crée de nouvelles formes d’intelligences collectives à l’instar du mouvement Open Source. Si nous nous basons sur cet exemple, l’intelligence collective pourrait se définir comme une modalité de création d’outils et de connaissances par un groupe d’individus rassemblés autour d’un même objectif. Plus largement le chercheur en sciences de l’information et de la communication Pierre Lévy la conçoit comme une « intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences ». Établir une définition stricte de l’intelligence collective est impossibles tant les exemples sont multiples. En revanche, quelle qu’en soit la forme, l’intelligence collective parait indissociable des notions d’innovation et de progrès. Se pose alors la question de savoir si Internet est capable de produire de nouvelles formes d’intelligences collectives pouvant nous amener à repenser le fonctionnement de nos sociétés ?

    Le logiciel libre et la communauté autorégulée
    Références
    26 janvier 2016
    Auteur : Maryline Meyer, François Montagne
    Editeur : Revue d’économie politique 2007/3
    Commentaire :

    Le logiciel libre est un bien public volontairement produit par une communauté d’usagers autonomes. L’analyse de son mode de production renouvelle la théorie économique de la gouvernance. Elle permet d’expliquer comment des individus aux motivations hétérogènes parviennent à se coordonner sans l’usage d’incitations monétaires. Nous suggérons que le capital social gouverne de manière efficace la communauté bénévole de développeurs. Mais ces dernières années, de nouveaux enjeux marchands poussent certaines entreprises à investir des ressources et des employés dans le développement de logiciels au code ouvert. Dans ce contexte d’hybridation, le succès d’une communauté du libre peut dépendre de sa capacité à renforcer la motivation intrinsèque des développeurs.

      De l’expertise individuelle à l’intelligence collective
      Références
      26 janvier 2016
      Auteur : Pascal Beria
      Commentaire :

      « L’intelligence collective est pratiquée par les êtres humains depuis qu’ils disposent du langage et de la culture », nous rappelle le philosophe Pierre Lévy, auteur du livre L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace. « Nous ne sommes intelligents que collectivement grâce aux différents savoirs transmis de génération en génération. Simplement, Internet est plus puissant que l’imprimerie, la radio ou la télévision, parce qu’il permet une communication transversale et une meilleure exploitation de la mémoire collective. »

        Application de référencement d’atelier participatif
        Exemple d'expérimentation
        26 janvier 2016

        Ateliers vélos, Fablab, jardins partagés, AMAP et habitats participatifs sont autant de lieux d’échange de connaissances, de savoir-faire et de matériel dans lesquels se construisent pas à pas les alternatives à notre modèle de société. Leur multiplication au sein de la métropole parisienne témoigne d’un besoin grandissant de revenir à un mode de vie plus sain et plus raisonné. Dorénavant, il n’est plus question de traverser toute la capitale pour se rendre dans un magasin et y acheter de quoi réparer le vélo dont on ne se sert pas si souvent.

        L’atelier vélo au coin de la rue met à disposition tout le matériel nécessaire pour effectuer les réparations. C’est d’ailleurs notre voisin de palier que l’on salue quotidiennement sans trop s’attarder qui nous y accueille et nous apprend à changer la roue. Le vélo est remis à neuf pour quelques euros et l’accueil chaleureux.

        Souvent de petite taille, ces structures n’ont pas assez de moyens pour exister au delà d’un cercle restreint de bénévoles et d’usagers. La majorité ne se fait connaître que par le bouche à oreille. Seules les plus développées, déjà bien connues du grand public, sont référencées correctement sur les moteurs de recherche. Cette logique va à l’encontre de la volonté de trouver des solutions et des lieux de solidarité près de chez soi, dans son quartier.

        Nous pensons qu’une application permettant à n’importe quelle personne dotée d’un smartphone, de trouver en quelques secondes, les lieux de solidarité proche de chez lui serait un moyen de populariser leur existence et de participer à l’amélioration du quotidien des citoyens. Cette application proposerait également à ses utilisateurs de participer au référencement et à la géolocalisation de ces lieux d’échange.

        Cette application se conçoit donc comme un outil de référencement collaboratif ayant pour but de donner davantage de visibilité à ces lieux d’échanges, tout comme un moyen rapide et facile d’accéder à la carte des lieux de partage proche de chez soi. A terme, elle pourrait évoluer pour devenir également un outil au service des gérants d’associations, pouvant les aider à mieux s’organiser et à communiquer plus facilement entre eux et avec leurs membres. Les cibles premières de cette application sont donc les personnes qui cherchent des lieux de partage proches de chez eux, que ce soit pour s’y investir, découvrir ou s’y rendre ponctuellement.

        Cette application s’adresse également à une catégorie de personnes qui trouve davantage d’intérêt dans l’économie du partage que dans le mode de consommation actuel. Toute action sur l’application serait donc gratuite.

        Point de vue
        Point de vue
        28 février 2015

        Il existe de nombreuses formes d’intelligence collective. Loin d’être un phénomène nouveau, on la retrouve à la fois dans les sociétés humaines et animales. Toute organisation collective suppose une intelligence et à la fois l’intelligence n’existe pas sans le collectif.

        L’intelligence collective suppose une mise en commun des connaissances, une ouverture, un meilleur accès au savoir et une démocratisation des idées. Toute forme de collaboration menant à une amélioration globale de la société peut être considéré comme de l’intelligence collective. Ce n’est pas le cas, par exemple, des régimes politiques autoritaires. Bien qu’ils soient construits grâce à des alliances, ils ne génèrent pas d’impacts positifs sur la totalité de la société, mais uniquement sur une portion minoritaire.

        L’un des enjeux aujourd’hui est de réussir à cerner la multitude de formes que l’intelligence collective peut prendre, car elles sont diverses et variées. Les réseaux sociaux peuvent par exemple être considérés comme une forme d’intelligence collective, qu’ils soient à portée culturelle (IMDB, SensCritique, etc.) professionnelle (Viadéo, Linkedin) ou dans la sphère privée (Facebook, Twitter). En effet, lorsque ces médiums sont utilisés dans la finalité de partager des connaissances et de mettre en commun les idées, nous pouvons très bien les inclure dans la notion.
        C’est le cas aussi des plateformes d’apprentissage, des forums, des sites contributifs, des réseaux sociaux d’entreprise, des associations culturelles ou solidaires. Le point en commun est toujours le même : favoriser le partage, démocratiser le savoir.

        Dans ce travail, nous nous proposons d’étudier quel est le potentiel des nouvelles technologies pour contribuer à une planète plus consciente, plus instruite, plus égalitaire.

          Intelligence collective – Partage de connaissances
          Exemple d'expérimentation
          26 février 2015

          Pour concevoir notre projet, nous nous sommes proposés de “revenir” à cette forme première d’intelligence collective, où le partage s’effectue à travers la rencontre physique entre individus. Nous avons repris l’idée du troc, qui implique un échange entre deux personnes avec un bénéfice équitable pour toutes les deux. Nous avons éliminé l’échange d’éléments matériels (bien que cela soit intéressant car la dimension monétaire disparait) pour nous concentrer sur la possibilité de troquer des connaissances. Le web, medium/support, serait le véhicule de ces échanges. Comme l’explique van Eersel, “muter vers une intelligence collective globale, qui retrouve les qualités de l’intelligence originelle, tout en les intégrant au « village planétaire » du cyberespace”.

          Comme nous avons tenté de le montrer dans cet article, échanger des connaissances dans le web n’est pas une nouveauté. De nombreuses plateformes (dont la plus connue est Wikipédia) sont basées sur des contributions individuelles pour enrichir des savoirs accessibles à tous. Cependant, tous ces projets impliquent une appropriation du savoir de forme individuelle, à travers le monde virtuel d’internet. La dimension que nous avons voulu mettre en avant dans ce projet, c’est celle de l’appropriation du savoir grâce aux rencontres personnelles. Au lieu de lire un article chez soi ou regarder un tutoriel, on propose de faire des rencontres avec quelqu’un d’autre qui connaisse très bien un sujet et qui pourrait nous l’expliquer personnellement. Néanmoins, ce ne serait pas la modalité des cours traditionnels où l’élève paye une somme d’argent à un professeur. Dans le troc des connaissances, on ne retrouve pas l’intermédiaire de l’argent, qui est souvent la restriction plus habituelle pour accéder à un enseignement. Au contraire, celui qui apprend devient par la suite un apprenant. La plateforme web est donc un facilitateur pour que deux personnes (qui peut-être habitent dans la même ville et ne se connaissent pas) prennent contact pour échanger des cours. L’argent, qui est une contrainte importante pour accéder à la connaissance, est exclu de l’équation.
          Si certaines personnes ont une idée claire de ce qu’elles veulent apprendre, possiblement ce n’est pas le cas pour tout le monde. Souvent on peut sentir une envie de commencer des cours “de quelque chose” mais on ne sait pas vraiment ce qui pourrait nous intéresser. Dans ce sens, la plateforme web que nous proposons pourrait aussi être un moyen pour allumer la curiosité et pour montrer d’une façon rapide, claire et organisée l’offre de savoirs qui se déploient dans nos entourages.
          C’est une plateforme qui permettrait aussi aux usagers de se poser la question: “Que pourrais-je apprendre aux autres ?” et de mettre en valeur leurs savoirs personnels.

          Au niveau des publics, le but serait d’avoir la plus large participation possible. Si nous trouvons déjà l’idée de “démocratisation du savoir” dans des plateformes comme Wikipédia, notre projet invite à élargir encore plus les publics concernés. Nous voulons inclure dans la catégorie de savoir d’autres connaissances qui ne sont peut-être pas faciles à “mettre en papier ou en images” dans des tutoriels ou dans des articles. Nous considérons que la rencontre personnelle est toujours utile lorsque nous avons des problématiques concrètes et que nous avons besoin d’une aide adaptée à nos besoins. Dans notre perspective, l’intelligence collective n’est pas uniquement liée à des savoirs “savants ou universitaires” mais elle est tout aussi présente lorsque nous apprenons des activités manuelles, des techniques traditionnelles peu connues, des exercices avec notre corps, etc.

          Dans notre projet, nous retrouvons les trois mots-clés qu’on a mis en avant au début: le savoir collectif, la construction dynamique et l’action sociale et solidaire. Le savoir collectif est le but : grâce aux partages et aux échanges, les êtres humains enrichissent leurs idées et ont plus d’outils pour faire des contributions à la société dont ils font partie. La construction dynamique renvoie au mode de construction de ce savoir. La plateforme web est un medium permettant de trouver facilement et très vite des personnes et la communication avec les autres usagers est instantanée. La construction du savoir devient plus fluide et dynamique aussi lorsqu’il n’y a pas de contraintes monétaires. Enfin, la finalité ultime de ce projet est de proposer aux personnes d’échanger leurs temps et leurs connaissances, de s’entraider en contribuant à créer un système social basé sur le partage.

            Intelligence collective
            Apport théorique
            16 janvier 2015

            Nous avons fait le choix d’étudier le rôle que pouvaient avoir les nouvelles technologies dans l’évolution de l’intelligence collective.
            Selon certains chercheurs comme Pierre Levy, les NTIC permettraient de faire muter l’intelligence collective vers une intelligence “globale” qui retrouve les valeurs du partage et permet “une culture commune diffusée, partagée et commentée”. Nous avons tenté de comprendre en quoi les nouvelles technologies contribuent à ces valeurs. Au cours de notre réflexion, nous avons identifié trois notions qui correspondent aux apports des nouvelles technologies sur l’intelligence collective. La première notion est celle du savoir collectif : plusieurs individus connectés entre eux qui partagent leurs connaissances pour élargir un savoir (que ce soit théorique ou pratique). Les plateformes collaboratives comme Wikipédia, les forums, les réseaux sociaux au sein des entreprises sont des supports qui rendent possible un partage dynamique de connaissances. La deuxième notion est celle d’une “construction dynamique”: dans l’ère du web 2.0, les connaissances sont constamment actualisées, mises à jour, remises en question, vérifiés, amplifiées, etc. Cela rend le savoir commun toujours plus complet, important et fiable.
            La question de la finalité de l’intelligence collective nous amène à notre troisième notion : l’action sociale et solidaire. L’intérêt de l’intelligence collective n’est pas uniquement de rassembler des idées mais de générer un véritable impact sociétal et une élévation intellectuelle globale. Dans ce sens, l’action sociale et solidaire, basée sur l’aide à autrui, est un parfait exemple des bienfaits que l’intelligence collective peut apporter.

              Intelligence Collective, La révolution invisible
              Références
              16 janvier 2015
              Auteur : Jean-François Noubel
              Commentaire :

              Un article très complet sur les enjeux de l’Intelligence Collective par Jean-François Noubel, cofondateur d’AOL et consultant pour les entreprises High-tech.

                Fing : groupe Intelligence Collective
                Références
                16 janvier 2015
                Commentaire :

                Le site web d’un groupe de travail sur l’Intelligence Collective. On y trouve des définitions, des pistes de réflexions sur les origines et les enjeux de L’intelligence collective…

                  Blog de Pierre Levy
                  Références
                  16 janvier 2015
                  Auteur : Pierre Levy
                  Commentaire :

                  Le blog du chercheur-philosophe Pierre Levy, qui consacre une grande partie de son travail à L’intelligence collective. Il y expose ses pistes de réflexion et les avancées de ses recherches.

                    L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace
                    Références
                    16 janvier 2015
                    Auteur : Pierre Levy
                    Editeur : La Découverte
                    Commentaire :

                    Pierre Levy est un chercheur-philosophe qui s’intéresse depuis les années 90 à Internet et aux NTIC, notamment à travers la notion d’Intelligence Collective. Il montre que le cyberespace et les nouveaux moyens de communications permettent aux êtres humains de mettre en commun leurs imaginations et leurs savoirs. Ce processus d’échanges permettrait une nouvelle forme d’épanouissement, la création d’un « collectif intelligent », d’une « démocratie en temps réel ».