Multitextualité

Professeure émérite en Sciences de l’Information, Communication de l’Université Paris 8. Titulaire de la Chaire UNESCO ITEN (Innovation, Transmission, Edition Numériques)

La notion de multitextualité peut être définie comme un agencement entre plusieurs textes, soit articulés sur un même plan soit construits en couches superposées, sur le mode de la lecture hypertextuelle. La multitextualité autorise à la fois le feuilletage et l’approfondissement, la cohérence et la diversité, l’éditorial et le commentaire.

La multitextualité permet de délinéariser le discours, et d’organiser en plusieurs couches ou fragments les contenus textuels. Cette structuration s’inscrit en opposition à la cohérence formelle traditionnelle. Les compositions multitextuelles articulent des éléments hétérogènes en les rendant facilement accessibles pour l’utilisateur. L’usager peut ainsi, sur une même interface, voir cohabiter des documents de provenances, de styles et de gabarits très variés. Une structure multitextuelle, pour être efficace, suppose une indexation systématique et fine des éléments d’information. Par ailleurs, le multifenêtrage permet des compositions textuelles visuellement optimales.

Les compositions multitextuelles modifient les modalités de lecture, d’acquisition de données et de construction de sens. Le lecteur est invité à naviguer librement dans un corpus de textes plus ou moins illimité et d’y construire avec une certaine autonomie son point de vue.

La multitextualité qui était un procédé littéraire s’est généralisée avec les techniques de consultation d’information propres aux moteurs de recherche. Dans des corpus clos, les sommaires dynamiques permettent d’obtenir à partir d’une requête une présentation à l’écran d’éléments fortement complémentaires, par exemple une monographie rattachée à un entretien, un commentaire et un organigramme.

Contexte, intertexte, hypertexte et textualité enrichie décuplent les modalités de lecture et rendent visibles le processus sémantique à l’œuvre dans l’écriture, comme dans la lecture. Des contenus non textuels peuvent ajouter une autre dimension à la structure multitextuelle et étoffer la signification et la lisibilité.

Ces constructions désacralisent la finitude du texte. Elles ne renvoient pas exclusivement le lecteur à l’essence du texte, mais permettent à celui-ci de prendre une distance critique en ayant les outils d’interprétation.

Le crossmédia utilise ce procédé pour structurer les textes en fonction des supports de diffusion. Crossmédia et multitextualité autorisent d’autres modalités de lecture. Les gabarits des interfaces et les styles de communication de chacun de ces supports cristallisent des modes de communication. Ils contribuent à la définition d’une multitextualité, organisée sur plusieurs interfaces.

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