Numérique et entrepreneuriat

maître de conférences en sciences de gestion à l’université de Bourgogne (Dijon), laboratoire CREGO

L’entrepreneuriat peut se définir comme « une activité impliquant la découverte, l’évaluation et l’exploitation d’opportunités, dans le but d’introduire de nouveaux biens et services, de nouvelles structures d’organisation, de nouveaux marchés, processus, et matériaux, par des moyens qui, éventuellement, n’existaient pas auparavant.

De façon empirique, on peut la définir comme une activité liée à la formation de nouvelles entreprises et au self-employment » (Pesqueux, 2015).

L’entrepreneuriat est considéré comme un élément clef pour le développement économique national et local et, mérite soutien et accompagnement. Les réseaux de soutien à la création et à la reprise d’entreprise sont nombreux : les BGE (Boutiques de Gestion), Initiative France, France active, France entrepreneur, l’ADIE (Association pour le droit à l’initiative économique), les CCI (Chambres de Commerce et d’Industrie), les CMA (Chambres des Métiers et de l’Artisanat), etc. Néanmoins, le développement du numérique est venu également encourager les créateurs et repreneurs d’entreprises dans les premières étapes de leur projet entrepreneurial.

À titre d’illustration, le numérique aide à la recherche de financement via les plateformes de Crowdfunding. En effet, le Conseil Supérieur de l’Ordre des experts-comptables propose désormais des solutions numériques innovantes, permettant d’accompagner sereinement et efficacement leurs clients dans la recherche de financement et par conséquent, de pouvoir relever les défis futurs en demeurant à la pointe en matière de technologies. L’institution a développé différents partenariats avec des Fintech1 et plus particulièrement avec Prêtgo, plateforme de financement. Elle a mis au point un portail technique, dénommé Conseil Sup’Network, qui donne accès à l’ensemble des solutions connectées qui font l’objet d’un partenariat. Ainsi tout projet destiné à une campagne de financement participatif sur une plateforme partenaire est accompagné par un expert-comptable. Elle a également mis en place depuis le 1er janvier 2016, des simulateurs « Micro-entrepreneur/Autoentrepreneur et EIRL afin de faciliter l’accompagnement des clients dans le choix de leur forme juridique et de leur régime d’imposition.

Le réseau CCI France s’est également mis au numérique, en lançant, durant le premier semestre 2016, une application digitale baptisée CCI Business builder. Cette dernière a été développée, dans le cadre de serious games. Elle a pour but d’aider les entrepreneurs à travailler sur leur idée de création d’entreprise, à établir leur modèle économique et leur modèle d’affaires, à leur rythme. Ces initiatives s’accompagnent de la constitution de réseaux dématérialisés (Clubs de créateurs et/ou repreneurs) et de la mise en place et de l’animation de réseaux d’experts (juristes, fiscalistes, banquiers, etc.) via une plateforme collaborative.

Alors que l’« entrepreneurship » est passé dans le vocabulaire quotidien dans le monde anglo-saxon, son équivalent français -l’entrepreneuriat- n’a pas encore connu le même succès. L’entrepreneuriat est une notion très complexe et très hétérogène (Fayolle & Verstraete, 2005), qui ne peut certainement pas être réduite à la seule création d’entreprise. Mais pourquoi un tel engouement pour l’entrepreneuriat ? L’émergence de l’entrepreneuriat s’inscrit en rupture avec le postulat de la nécessité d’une grande dimension. En effet, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et jusque dans les années 1970, les grandes entreprises ont dominé l’économie. La grande taille était considérée comme souhaitable et indispensable pour réaliser des économies d’échelle. Néanmoins, la récession et l’avènement de l’économie de l’information (ou numérique) ont mis à mal cette nécessité.

La compréhension que nous avons de l’entrepreneuriat doit beaucoup à l’économiste Joseph Schumpeter ainsi qu’à l’école autrichienne. Pour Schumpeter (1950), un entrepreneur est une personne qui veut et qui est capable de transformer une idée en une innovation réussie. Et de rajouter pour Frank Knight (1967) et Peter Drucker (1970), l’entrepreneuriat consiste à prendre des risques mesurés. Pour Fayolle et Verstraete (2005), quatre paradigmes permettent de cerner le domaine de recherche en entrepreneuriat : la création d’une organisation (ou « émergence organisationnelle », la détection – construction – exploitation d’une opportunité d’affaires, la création de valeur et l’innovation. Ces paradigmes peuvent se combiner, plutôt que s’opposer. L’entrepreneuriat se trouve donc étroitement lié aux notions d’initiatives, d’opportunités ce qui conduit à innover (Schumpeter, 1935).

L’entrepreneuriat investit des secteurs d’activité délaissés aussi bien par le secteur marchand en raison de leur faible rentabilité, que par le secteur public, qui dans un contexte d’austérité budgétaire cherche à réduire ses dépenses. L’entrepreneur social est ainsi né. Il privilégie des objectifs sociaux sur des objectifs lucratifs.

Une chose est donc certaine, une nouvelle génération d’entrepreneurs (dans toutes ses variantes, dont l’« intrapreneur ») est en train d’émerger. La notion d’engagement est devenue très forte, notamment chez les jeunes. La course au profit n’est plus l’unique motivation principale des porteurs de projet. L’entrepreneuriat engagé est une réalité.

______
Références :

Drucker, P., 1970, « Entrepreneurship in Business Enterprise », Journal of Business Policy, 1.
Fayolle, A., & Verstraete, T., 2005, « Paradigmes et entrepreneuriat », Revue de l’Entrepreneuriat, 4(1), pp. 33-52, 2005.
Knight, K., 1967, « A descriptive model of the intra-firm innovation process », Journal of Business of the University of Chicago, 40.
Pesqueux, Y., 2015, « Entrepreneur, entrepreneuriat (et entreprise) : de quoi s’agit-il ? », Workshop LIRSA – Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Sciences de l’Action.
Schumpeter, J. A., 1935, Théorie de l’évolution économique, Paris, Dalloz.
Schumpeter, J. A., 1950, Capitalism, Socialism, and Democracy, New York, Harper and Row.

Contributions
Pour contribuer, connectez-vous ou inscrivez-vous