Projet d’entreprise et numérique

consultant spécialisé en transformation des organisations, fondateur du cabinet Anakao
maître-assistante en management des ressources humaines à l’Institut des Hautes Études Commerciales de Sousse, Tunisie.

Le projet d’entreprise et le numérique correspondent à un mode de gestion futuriste, une pratique traduisant les valeurs traditionnelles de l’entreprise dans une actualisation prospective numérique. Ils sont un modèle de management approprié à l’évolution des mentalités et à l’économie où les organisations, les groupes et les personnes s’auto-organisent en fonction des contextes de transformation numérique apportés par les technologies numériques dans une triple dimension : technique, organisationnelle et managériale.

Issu d’une réflexion sur le management par les valeurs et la culture d’entreprise, le projet d’entreprise dans une perspective numérique préconise trois axes de transformation :

  • La stratégie et le numérique : une stratégie de transformation inscrite dans la stratégie globale de l’entreprise et dont l’impact porte sur la modification de ses business models. Elle repose sur ses objectifs, ses visions, ses organisations et ses gouvernances relatives aux technologies numériques pour développer les performances de l’entreprise. Elle répond à une innovation technologique (web) ;
     
  • La conduite du changement : un acte indispensable pour accompagner les transformations générées par les nouveaux projets. Sa réussite passe par l’acceptation de la nouvelle organisation, les nouvelles missions et les tâches associées à l’usage des technologies numériques (réseaux sociaux, blogs, web) ;
     
  • L’organisation et le système d’information : l’usage combiné des technologies numériques (moyens informatiques, électroniques et procédés de télécommunication) permet un meilleur traitement des données, d’interconnexion de sites ou d’opérateurs distanciés et ainsi crée de la valeur par la contribution à la réalisation des objectifs organisationnels. Cette configuration a un impact technologique qui revisite les systèmes d’information de l’entreprise (avec le cloud) et impose de nouvelles contraintes de sécurité (à travers le Big Data).

En fonction du degré de développement, le projet d’entreprise via le numérique interroge trois dimensions :

  • Le contexte socio-economique : Mondialisation, globalisation, flexibilité, compétitivité internationale ou délocalisation sont désormais des réalités courantes de l’entreprise. Le contexte économique de celle-ci a évolué pour devenir un environnement en perpétuel mouvement. À cet égard, la nouvelle économie (e-business) se veut une illustration à la fois des nouveaux besoins des sociétés de consommation et de l’évolution des moyens de communication. Le projet d’entreprise est indéniablement lié à ce contexte transformationnel du comportement de l’entreprise tant au niveau interne (favoriser les synergies entre les collaborateurs) qu’au niveau externe (s’adapter au marché) ;
     
  • La conception de l’homme au travail : comment évoluent les comportements individuels et collectifs dans une situation de changement et de transformation ? Selon Monique Noulin, l’homme est un opérateur, qui, en action, gère les contraintes, apprend en agissant, adapte son comportement aux situations, décide et invente. Il est acteur de son avenir professionnel, car il peut s’exposer au travers des réseaux sociaux ;
     
  • Le mode de management des ressources humaines : comment se fait le passage du management au e-management ? Une politique managériale qui modifie les paradigmes et impose de nouvelles organisations (avec de nouvelles règles et normes) pour s’adapter à la transversalité du Web et qui génère de nouvelles attentes de relations (modes de relation) entre les ressources humaines (réseaux sociaux d’entreprise). Les nouveaux outils numériques se traduisent par des comportements qui vont obliger le management traditionnel à évoluer. Une stratégie de communication est exigée pour mobiliser l’ensemble des forces de l’entreprise pour s’adapter à un e-environnement et répondre à un objectif commun. La réussite d’un tel projet dépend de l’intérêt accordé à ces trois dimensions combinées.  

À titre d’exemple, citons le cas d’une entreprise de service française (Banque) qui vient de conclure un accord avec Microsoft pour diffuser massivement les tablettes à tous les niveaux de l’entreprise. Dans un contexte où le monde de la finance est en pleine transformation, ce changement est une opportunité au sens où la rupture numérique favorise une forme d’innovation ouverte (plus d’initiative et moins de contrôle des managers) et ainsi, rompt avec le mode de management traditionnel peu adapté aux transformations de l’entreprise.  

« Le projet d’entreprise et le numérique » s’inscrivent en rupture par rapport à l’approche classique de « l’organisation taylorienne ». En effet, l’organisation taylorienne se réduit à une simple ambition économique, financière définie en termes d’objectifs de rentabilité ou d’investissements alors que « le projet d’entreprise/numérique » est plus humain dans son élaboration : il fait référence à un système de valeurs que partagent les membres du personnel et qui améliore leur cohésion. L’organisation taylorienne se décrit comme étant une formule, un moyen : elle vise le résultat. « Le projet d’entreprise/numérique » est considéré comme étant une fin en soi : Il compte davantage sur les processus et la dynamique donnant plus de sens à l’action quotidienne de chacun. L’organisation taylorienne inscrit sa réussite dans une hiérarchie rigide là où le « projet d’entreprise/numérique » réussit s’il s’intègre dans un processus global d’évolution de l’entreprise requérant des pratiques cohérentes de gestion du personnel, d’organisation du travail et de communication.  

Il est aisé d’inscrire « le projet d’entreprise/numérique » dans une approche philosophique générale. Projet et existence sont étroitement liés. L’individu perçoit un écart entre sa situation actuelle et une autre désirée. Cet écart génère un projet pour passer de la situation actuelle à une autre. Le même fait se produit pour l’organisation qui est dans une démarche de projet sans cesse renouvelée dans un environnement en mutation. Le projet d’entreprise s’ajuste à l’usage combiné des technologies numériques qui évoluent à travers le temps qui suit son cours.  

Pour Jean Paul Sartre, l’être humain est lié par un ensemble de déterminismes héréditaires, économiques, sociaux et culturels, à partir desquels commence sa liberté : celle où il a le choix entre accepter et transformer « sa situation ». L’homme est un projet, car il est en perpétuel apprentissage, formation et changement. Il sera ce qu’il aura projeté d’être par ses actes. Le projet d’entreprise/numérique est une manière pour penser le changement de l’environnement complexe de l’entreprise par la pertinence des stratégies mises en place pour dynamiser, mobiliser le personnel. 

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Références :

Noulin, M., 2002, « Travail et activité humaine », in Ergonomie, Editions Octarès.
Sartre, J.-P., 1996 [1946], L’existentialisme est un humanisme, Paris, Folio essais, Gallimard.

 

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