Richmédia

Professeure émérite en Sciences de l’Information, Communication de l’Université Paris 8. Titulaire de la Chaire UNESCO ITEN (Innovation, Transmission, Edition Numériques)

Le richmédia est un service en ligne ou hors-ligne, né à la fin des années 1990 qui reposait sur deux caractéristiques essentielles: l’introduction de certaines fonctionnalités interactives au sein même d’une vidéo, et la possibilité de consulter au sein d’une interface commune plusieurs supports d’information de manière simultanée. Ces deux caractéristiques ont été constitutives de ce que l’on a appelé la vidéo enrichie ou richmédia.

Le richmédia s’est d’abord développé sur la base d’un corpus de contenus pédagogiques, et a notamment contribué, pendant cette période, au déploiement des outils de e-learning. Il s’est également et de manière quasi simultanée, emparé des corpus journalistiques et documentaires, structurant ainsi les premières web-tv et les CD-ROM vidéo au début des années 2000.

La première caractéristique du richmédia a consisté à transférer vers la vidéo certaines des fonctionnalités jusqu’alors dévolues au texte, notamment en matière d’hyperliens.

Un premier niveau d’hyperliens simples consistait à pointer vers des chapitres repérés par des ancrages temporels au sein d’une même vidéo, appelé navigation intra-séquentielle. L’affinage du séquençage, combiné au développement technique de l’indexation XML des contenus, a permis au richmédia d’augmenter la pertinence de ses hyperliens et de favoriser la navigation par proximité thématique et/ou sémantique entre différentes vidéos, appelé alors navigation inter-séquentielle.

Ceci a eu pour conséquence de rendre à la fois possibles une lecture délinéarisée des contenus audiovisuels, et leur accès par requête de mots clefs via des moteurs de recherche. Étape de démultiplication des possibilités d’agencement et de circulation, qui a contribué à améliorer la consultation, puis l’appropriation de contenus traditionnellement linéaires, par les utilisateurs. Cette caractéristique a également permis de structurer le matériau audiovisuel en base de données.

La seconde caractéristique du richmédia réside dans sa capacité à hybrider harmonieusement sur une même interface et donc au sein d’un même espace, des contenus aussi divers que l’image fixe, le texte, la vidéo, la 3D temps réel, etc. L’ergonomie et le design jouent ici un rôle déterminant, mais l’hybridation harmonieuse de ces matériaux doit également être pensée dans le temps. L’indexation XML des contenus a joué également ici un rôle déterminant dans la synchronisation de ces contenus.

Dans quelles mesures, et selon quels modes, le richmédia, dans les capacités d’alternance, de juxtaposition, d’hybridation de formes d’expression diverses et complémentaires qu’il offre à l’utilisateur, permet-il à celui-ci d’affiner et d’enrichir ses représentations du réel ?

Ces deux caractéristiques, constitutives du richmédia, conduisent depuis une dizaine d’années les créateurs de contenu à repenser respectivement la construction syntagmatique et paradigmatique de leurs discours. Les premières interfaces richmédia, notamment celles dédiées aux supports de cours de e-learning, étaient relativement simples. Découpées en trois zones, elles plaçaient la vidéo au cœur de leur dispositif. Un intervenant était filmé en plan fixe, une fenêtre affichait la retranscription textuelle de son cours, puis dans une autre les documents d’illustration sur lesquels venait s’appuyer son discours. Cet usage véhiculaire de l’interface richmédia, dont la finalité est ici purement fonctionnelle est exemplaire de cette première période. C’est également le cas de la grande majorité des sites des chaînes de télévision, dont les interfaces ont peu évolué du point de vue des outils et de leurs fonctionnalités depuis 10 ans.

Nous assistons depuis quelques années à l’émergence d’un nouveau genre d’œuvres interactives appelé « Web documentaire », ou « Interactive Documentary » qui s’inscrit dans la filiation directe du richmédia. Les caractéristiques des interfaces en documentaire interactif se cantonnent encore très souvent à un usage très fonctionnel, alors qu’en tant que véritable structure d’énonciation du discours, elles devraient, au même titre que les formes d’expression qu’elles permettent d’articuler, remplir un rôle expressif et symbolique fort.

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