Séquentialité

Professeure émérite en Sciences de l’Information, Communication de l’Université Paris 8. Titulaire de la Chaire UNESCO ITEN (Innovation, Transmission, Edition Numériques)

La séquentialité appartient au domaine d’étude des structures constitutives d’un discours.

La séquentialité concerne tous les moyens de communication dynamiques et temporels. Autrement dit, ceux qui s’appuient sur le temps pour créer du sens: la littérature, l’audiovisuel ou encore la musique. Inversement, la notion de séquentialité s’applique difficilement à la peinture, à la photographie, à la sculpture, ou encore à l’architecture, qui sont des moyens de communication statiques et spatiaux.

Quel que soit le moyen de communication dynamique et temporel, une séquentialité s’organise selon deux axes :

  • Le choix des unités de sens ou « segments minimums », en vue de constituer des séquences : l’organisation interne.
  • L’agencement de ces séquences ou « segments autonomes », en vue de constituer un discours : l’organisation externe.

Dans le domaine du discours littéraire, le premier axe relève du choix des mots eux-mêmes : c’est l’axe paradigmatique. Le second axe relève de leur agencement dans l’énoncé en vue de constituer une phrase: c’est l’axe syntagmatique.

Dans le discours imagé, cette structuration en deux axes se complexifie, car les segments minimums sont alors très difficilement réductibles en unités. En effet une image isolée constitue déjà un segment complexe de discours, plus proche de la phrase que du mot.

Ainsi, en audiovisuel, le plan sera la plus petite unité, ou segment minimum, de la chaîne filmique. Un plan est d’abord un choix de motif. Vient ensuite la manière dont est enregistré ce motif, correspondant aux mouvements de caméra, aux choix de focales ou encore d’éclairage. En dernier lieu intervient l’étape de découpage du plan, ou choix des images. Ces trois étapes qui jalonnent la création du segment minimum sont constitutives de l’axe paradigmatique audiovisuel.

Le deuxième axe, syntagmatique, consiste à monter, agencer ces plans en vue de créer un segment autonome, une séquence, ou encore unité narrative autonome.

Ces segments autonomes sont ensuite agencés en un segment maximum ou film, ou encore discours. Ainsi un discours imagé linéaire se structure en un segment maximum: le film, puis en des segments autonomes (les syntagmes), puis en des segments minimums (les plans).

Dans le domaine du crossmédia et plus particulièrement dans celui de l’audiovisuel interactif, la séquentialité est consubstantielle de la consultation délinéarisée et fragmentée des contenus par le spectateur. Chaque séquence est une unité sémantique propre, qui doit être intelligible et garantir une bonne réception ou encore une bonne actualisation du sens chez le spectateur.

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