Street art & blockchain

Constructeur d’outils numériques pour l’Art du futur.

De tout temps nous avons soumis et projeté nos désirs sur le monde qui nous entoure. Nous modélisons nos environnements et l’environnement nous modélise à son tour. L’impact de l’Art sur nos vies est constant, d’où l’importance pour certains de se l’approprier. La peinture murale, existe depuis qu’il existe des murs et est la manifestation de ce besoin humain de s’exprimer et reprendre le contrôle sur l’espace public qui nous entoure.

Le Street Art c’est la transformation de nos villes bétonnées en matériel artistique. C’est le désir de renverser les codes et normes sociales préétablis pour offrir momentanément ou à la postérité, une esthétique environnementale plus colorée et symbolique. Il s’agit d’un dialogue permanent qui embellit les murs et les âmes des citadins, reprogramme la conception même d’une ville et transforme le gris en miroir remarquable.

En parallèle, la blockchain, ce fameux registre public sans organe central de contrôle fruit des dernières avancées en cryptographie, a pour but de recréer une confiance partagée et incorruptible sur ce royaume numérique qu’est Internet et ouvre les portes d’un nouvel univers virtuel où l’inimaginable devient possible. Tout comme l’Art, ces technologies décentralisées permettent l’expression, le dialogue et le questionnement de nombreuses données associées à la véracité de l’œuvre et ses interrelations avec le marché et la société. Mais elles permettent aussi l’émergence de quelque chose de complètement nouveau : ce fameux jeton non fongible ou NFT qui amène au monde numérique une nouvelle classe d’actifs dynamiques, rares, programmables, authentifiable et uniques.

Les NFT et l’art urbain semblent être donc deux mondes aux antipodes. Tandis que le premier est attaché aux murs tangibles de nos villes, le second se développe sur des marchés financiers et Internet. Singulièrement différents en apparence, ils en sont d’autant plus complémentaires. Sur de nombreux points, les ressemblances entre ces univers sont concrètes, cohérentes voir presque évidentes. Plus que révolutionnaires, ce sont des messages contemporains, démocratiques et progressistes, signes d’espoirs et d’évolutions. En effet, tout comme le Street Art est une signature par l’appropriation de l’environnement urbain et l’espace public, le NFT permet d’établir une notion publique qui n’a jamais vraiment existée dans l’abondance du digital : la propriété numérique.

Jusqu’à très récemment rejetées du système, ces deux disciplines se sont faites pourtant une place dans nos vies malgré les réticences de l’autorité et de la majorité. Il devient alors intéressant d’explorer leurs synergies. L’acte de tokeniser (enregistrer sous NFT) une œuvre revient en fait à l’immortaliser : il permet de garder en métadonnées une trace unique et vivante d’un moment donné, à un endroit donné. La beauté et la symbolique de l’éphémère sont donc étendues de manière presque contradictoire au monde physique, au travers de ce medium virtuel résiliant.

Au-delà de la convergence des genres, du sublimement physique et de cette réappropriation numérique, le NFT permet également de décomplexer le rapport à la monétisation de l’œuvre. Les œuvres numériques programmables fournissent aux artistes urbains l’opportunité de faire vivre leurs réalisations et leurs portefeuilles par-delà des contraintes matérielles en y rattachant et développant tout type d’inventivité financière, légale, artistique, ludique ou encore culturelle.

En effet le potentiel et le véritable enjeu de cette nouveauté, c’est bien de permettre à l’artiste d’être en mesure de vendre et vivre de ses œuvres. A l’heure actuelle, les artistes urbains vivent de leurs commissions, liées à un cahier des charges où leur liberté d’expression est cadrée voir contrainte. L’artiste est prestataire. Il ne vend pas une œuvre, il vend un service, un temps de travail. Le NFT permet inversement de se libérer de ce joug pour regagner une liberté créative totale.

Alors que nos vies sont de plus en plus connectées et que la frontière entre réel et numérique s’affine, les artistes urbains qui transforment depuis toujours nos villes, transcendent désormais également nos existences numériques. Avec l’arrivé du web nous avons construit de nouvelles villes. Qu’elles soient régies par le haut via les GAFAM ou tirées vers le bas sur les réseaux sociaux, ces méta-royaumes dépassent notre condition métaphysique humaine, sujet d’inspiration de nombreuses démarches artistiques.

Le NFT vient bouleverser, dénoncer et provoquer l’ordre établi depuis la création d’Internet à la manière d’une bombe de peinture sur un mur blanc fraichement repeint. Tokenizer l’art urbain c’est le rendre accessible à de nouvelles rues, des rues digitales, à la fois éternelles et fragiles.

Emmener le street art dans les metavers n’est que l’extension et la suite logique de cette discipline qui vise à remettre en question la notion du support artistique et la place de l’Art dans un environnement donné. L’art nous connecte comme nous nous connectons sur Internet. Le NFT devient à la fois le support de conservation et d’expression mais aussi le medium monétaire et artistique adéquat à notre époque métamoderne et connectée.

En soi, ces deux univers bien singuliers nous ramènent à la même conclusion : tout est sujet à être support artistique. L’art se doit d’être partout et aux yeux de tous. Peu importe l’environnement, la démarche artistique est indomptable, intemporelle, incensurable, et inconfortable. Le temps n’est qu’un excellent filtre qui épure et dégrade nos façades. Mais puisque rien ne dure pour toujours et que toute vérité est relativement fade, cette nouvelle page de l’histoire de l’art s’écrira à l’avenir de manière abstraite, spontanée et programmable.

Contributions
Pour contribuer, connectez-vous ou inscrivez-vous