Synesthésie

Auteur et Artiste Multimédia, enseignant en Philosophie

La synesthésie est un phénomène neurologique par lequel certains sens se trouvent associés dans des synthèses sensorielles telles couleurs et lettres. En art numérique, le terme désigne la simultanéité de plusieurs dimensions sensorielles qui sont interreliées. Les dispositifs numériques permettent d’explorer les simultanéités sensorielles par l’interactivité ainsi que les liaisons sensibles entre sons et images.

L’art numérique, grâce à la gestion des médiums selon les procédures algorithmiques, permet un travail simultané de l’image, du son ou de mouvements commandés par des servomoteurs par exemple. La synesthésie se compose selon des bases d’interactions immédiates des médiums donnant l’illusion de l’immédiateté phénoménale de données sensibles. Chdh (Cyrille Henri et Nicolas Montgermont), dans Vivarium (2009) ou dans Egregore (2011-2013) développent une logique de relation étroite entre le son généré et les formes vues à l’écran. Ils établissent une relation algorithmique entre d’un côté les masses physique et leur gestion et de l’autre les synthèses qui constituent la densité sonore de leur travail. Ils recherchent une similarité entre les deux dimensions, explorant et intensifiant ainsi le minimalisme esthétique qui les caractérise. Mais la synesthésie peut être engendrée non pas seulement infra-numériquement mais avoir lieu entre l’espace réel et le numérique. Si on considère Contact, développé en 2010 par HP Process (Hortense Gauthier et Philippe Boisnard), il apparaît que la performance d’écriture implique synthétiquement : le corps et son mouvement permettant d’interagir, de manipuler, d’orienter les textes de l’écran, la voix qui selon son volume détermine la taille des lettres et selon sa fréquences sa chromatique.

Au XIXe siècle, Arthur Rimbaud expérimentait les liaisons sensorielles entre couleur et alphabet dans son poème Voyelles (1883). Par les nouvelles causalités impliquées dans l’art numérique, la logique synesthésique s’est amplifiée et complexifiée. C’est la capacité des calculs et de traitements parallèles de plusieurs médiums ou sources de données qui, peu à peu, permet de développer la synesthésie. Ainsi la synesthésie son-image s’est ouverte de plus en plus dans des mappings monumentaux. Ikeda par exemple avec son maping sur la fondation Vasarely lors du festival Seconde Nature de 2013, montre en quel sens la synesthésie peut devenir rythmique. La simultanéité du séquençage sonore et de la succession des images et vidéos, ne faisant plus qu’une unité esthétique.

Contributions
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100 Notions_Synesthésie M2DIMI 2015 Bordonado / Chea / Marchand
Exemple d'expérimentation
25 janvier 2016

“Le choix du sujet s’est porté sur les derniers évènements franciliens. Ce projet était l’occasion de nous exprimer, à notre façon, en faisant parler des victimes d’attaques. Nous souhaitions mettre en lumière à travers des témoignages, les similitudes de certaines attaques perpétrées dans le monde et les émotions qu’elles généraient, quelque soit le lieu ou l’époque“, Roxane Bordonado, Samantha Chea, Leslie Marchand (Master 2 DIMI, Université Paris XIII Villetaneuse, 2015), 100 Notions pour l’Art Numérique à partir de la Notion n°92 “Synesthésie“ écrite par Philippe Boisnard.