Télévision connectée

Professeure émérite en Sciences de l’Information, Communication de l’Université Paris 8. Titulaire de la Chaire UNESCO ITEN (Innovation, Transmission, Edition Numériques)

La télévision connectée peut se définir comme un média traditionnel point à masse, adapté aux possibilités du point à multipoints grâce à la connexion du terminal à Internet et au remplacement de la diffusion analogique par la diffusion numérique des programmes.

Certains usagers utilisaient déjà l’écran de leur télévision pour utiliser leur ordinateur connecté à Internet en le branchant sur une prise VGA ou HDMI, l’évolution fondamentale proposée par ce produit est plus éditoriale que technologique. En effet, la mise en place de la télévision connectée par les acteurs de l’industrie audiovisuelle vise à centraliser autour de la télévision le temps de connexion des usagers d’Internet, en balisant leurs possibilités d’interaction, en leur proposant des produits fortement éditorialisés et en rentabilisant au maximum le temps de connexion. La télévision connectée, en raison de sa diffusion numérique par Internet, devrait permettre une plus grande diversité de chaînes. Les limitations de l’offre et de la personnalisation par les abonnements à des bouquets de chaînes présélectionnées par des fournisseurs d’accès à Internet semblent d’ailleurs assez peu en phase avec les nouvelles habitudes du consommateur et les possibilités actuelles de diffusion de contenu.

La télévision connectée ouvre la voie à des chaînes et à des programmes hybrides et crossmédia, permettant dans certains cas de recevoir sur un support et d’émettre à partir d’un autre. Cette télévision connectée éditorialise l’activité de navigation et permet aux producteurs et annonceurs de combiner narration délinéarisée, contribution en temps réel des usagers et sollicitation à la consommation ultra contextualisée et personnalisée. Les émissions de télévision connectée permettent par exemple de regarder un match de basket sur une fenêtre de l’écran, de commenter les actions sur une autre fenêtre via un réseau social et de prendre des paris en temps réel sur une autre fenêtre. Cette centralisation éditoriale des services ouvre des possibilités très intéressantes de partenariats entre des acteurs différents. Pour reprendre l’exemple du basket, il peut y avoir un partenariat entre la chaîne de télévision et un site de paris en ligne, et les partenariats publicitaires des événements trouveront une retranscription bien plus variée et large sur ce type de gabarits.

Alors que les possibilités technologiques permettent une généralisation de la télévision connectée, le problème principal est l’absence de standardisation suffisante entre les différents constructeurs de boitiers de connexion, consoles de jeux connectables ou de téléviseurs pré-équipés. Si les constructeurs répondent à la question de l’interopérabilité en limitant les compatibilités, en imposant des normes propriétaires et en filtrant les programmes disponibles, le prix de production des contenus sera accru et leur rentabilité diminuée. Cela risque de limiter l’intérêt économique de productions pour ces différentes normes de télévision connectée et empêcher l’offre d’émerger. Ces stratégies de certains constructeurs combinées à celles des fournisseurs d’accès à Internet avec les bouquets de chaînes ralentissent l’émergence d’une offre large.

La télévision connectée soulève de nombreuses questions juridiques en raison de sa nature hybride et de la diversité des usages qu’elle combine. En effet, la télévision connectée est rattachée à une adresse IP, ce qui facilite le processus d’obtention de données personnelles. Les programmes sont interactifs, et la télévision connectée devrait permettre une contribution en flux continu pour les usagers, ce qui impose un contrôle méticuleux par les éditeurs. D’autres éléments, comme les systèmes d’achats directs ou indirects (à partir d’un téléphone mobile par exemple) ou de paris, suite à une sollicitation reçue sur la télévision connectée, risquent d’imposer un aménagement des normes de protection du consommateur relatives à l’achat à distance. L’attribution d’un pouvoir de contrôle des contenus, diffusés via la télévision connectée, à des autorités nationales existantes peut créer des conflits de compétences. En effet, les autorités contrôlant le secteur audiovisuel sont, dans la majorité des systèmes administratifs, différentes de celles contrôlant l’activité sur Internet.

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