Territorialisation

MCF en SIC, Université Polytechnique des Hauts de France (INSA), Laboratoire LARSH, département DEVISU, Chaire UNESCO ITEN

Les Sciences de l’Informations et de la Communication peuvent appréhender le territoire en tant qu’objet, aire délimitée, mais aussi comme un résultat de relations, de rapports de force, que le vivant développe dans sa pratique de l’espace. Animés du souci de ne pas essentialiser le territoire nous parlons de territorialité ou de dynamiques de territorialisation, dé-territorialisation, re- territorialisation.

L’étendue matérielle du territoire émet des signes qui nous sont plus ou moins perceptibles par nos sens. Cette large sémiose de la vie dans sa matérialité sous-tend la dynamique émergente et constitutive des références symboliques d’une culture donnée. Tout déjà-là (eau, forêts, plantes, animaux, minerais etc.) sera alors matière rationalisée, organisée par le langage et formalisée ; Toute chose fabriquée sera raison matérialisée, ajoutant des couches significatives à l’étendue matérielle, qui devient une surface d’inscription, d’écriture. Le territoire contient alors la mémoire des collectifs humains, il est un système spatial informationnel, tenant lieu d’un savoir, où se loge les synchronies lentes et secrètes de l’inconscient et des cultures.

Un territoire sera alors le résultat matériel d’un processus de co-évolution entre les établissements humains (organisés sur une base culturelle) et le milieu ambiant (organisé sur une base écologique, biologique). Cette relation de domestication inscrite dans le temps long de l’histoire, véritable « corps à corps » dans lequel nature et culture, sauvage et domestique fusionnent, conduit les sociétés humaines à produire au continu leurs territoires. Cette écogenèse, fait émerger autant de formes de cultures différentes sous lesquelles une infrastructure biologique peut se manifester. Il existe alors une circularité dans la relation que nous entretenons avec le territoire, qui est à la fois condition et conséquence de notre existence terrienne, et marque une co-évolution entre l’humain et l’espace. En artificialisant son biotope, l’humain détermine, simultanément en continu, ce que son organisme deviendra.

Ces systèmes spatiaux informationnels, subissent de profondes transformations depuis un demi siècle, interdépendances, hybridations, syncrétismes, mais aussi rapports de forces entre vérités locales, situées, et vérités globales dans leurs synchronies éclatantes et accélérées du savoir. Si ces dernières ont longtemps été porteuses d’un message universaliste de libération (discours de la science), celui-ci a progressivement été recouvert par les discours marchands (discours capitaliste). Les logiques de développement territorial sont aujourd’hui tellement technologisées, formatées et uniformisées, que des dynamiques plus spontanées, tendent à être écrasées, au point d’ailleurs où la réalité des écosystèmes biologiques ne le supporte plus. Circulation exponentielle des informations, des biens, des personnes et des services à échelle mondiale, dégradation de l’environnement par les modèles de prédation ultra-libéraux. L’Économique surdétermine tellement le modèle qu’à un moment il y a un risque d’étouffement de cette vérité territoriale située. Les réflexes de survie peuvent alors conduire les communautés humaines à se refermer, exalter l’identité, le nationalisme, cloisonner le local, demander une fermeture des frontières y compris informationnelles, derrière des rideaux de fer numérique.

Dans ce façonnement réciproque, ce corps à corps tout ce qui résiste à la formalisation, à la modélisation – qui est toujours enchâssée dans une réalité sémiotique plus large – le reste, n’est alors pas de l’impensé mais de l’informalisé et d’une richesse inouïe. Une question se pose alors : comment faire de nos modèles quelque-chose de plus complet et ainsi éviter que leur formalisme assassine la réalité dans son déploiement.

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