Ville inclusive

MCF en SIC, Université Polytechnique des Hauts de France (INSA), Laboratoire LARSH, département DEVISU, Chaire UNESCO ITEN

Une ville inclusive regroupe un ensemble de bonnes pratiques qui mettent l’accent sur l’expérience et l’action qu’elle inscrit dans un mouvement de démocratisation visant à incorporer tous les habitants dans la sphère publique. L’enjeu sera de parvenir à articuler son héritage culturel à des formes renouvelées d’interactions socio-culturelles, en lien avec les profondes transformations économiques, écologiques et numériques des territoires.

Introduite en sociologie à la fin des années quatre-vingts, la notion est apparue à l’UNESCO en 1994 (conférence mondiale sur l’éducation de Salamanque) et à l’ONU la même année, adoptée comme indicateur d’évaluation des politiques publiques par « UN Habitat » en 2001, par l’Union européenne en 2002 (Agenda de Lisbonne), elle fait également l’objet de mécanismes d’évaluation et de surveillance dans le but de garantir le droit à la ville dans le cadre de la “Charte Mondiale du Droit à la Ville”, rédigée lors du Forum Social des Amériques à Quito en juillet 2004. L’inclusion sociale deviendra prépondérante à l’échelle des villes après la crise de 2008, au fur et à mesure qu’augmentent les inégalités sociales et les comportements d’exclusion.

Initialement dédiés au handicap, les dispositifs organisationnels d’inclusion sociale se sont progressivement ouverts au champ de la santé, de l’éducation, de la culture, du sociétal, jusqu’à émerger au cœur des politiques publiques. Ces dispositifs suivent deux dynamiques : une dynamique de démocratisation, héritée de l’expérience brésilienne de Porto Alegre qui vise à incorporer tous les habitants dans la sphère publique, et une dynamique d’accessibilité des ressources urbaines à tous les habitants : renforcer leurs compétences, réaliser leur potentiel, s’intégrer dans les marchés du travail, augmenter leurs revenus etc. La ville inclusive, comme le droit à la ville, s’est progressivement éloignée de son idéal émancipateur pour renforcer ses dimensions d’applicabilité, avec un mode de gestion de projets, et d’évaluation avec des objectifs à atteindre.

La notion tend à progressivement remplacer les notions d’insertion, de cohésion sociale et d’intégration. La distinction entre Intégration et Inclusion opère au niveau de l’accessibilité, dont la responsabilité varie entre celle des individus qui doivent s’intégrer et celle des organisations qui doivent s’adapter de manière à inclure tout un chacun. En faisant de la vulnérabilité une sorte de condition commune, l’inclusion tend simultanément à abolir normes et classements (rendant in fine l’exclusion inopérante). La notion d’appartenance à une collectivité territoriale est alors progressivement remplacée par celle de reconnaissance par la collectivité territoriale de formes d’expérimentation menées par les intéressés, et ce, indépendamment de leurs caractéristiques individuelles ou sociales, ouvrant ainsi la possibilité de se penser à parité de participation, active et pleine, à la vie sociale et économique d’un territoire.

Cette double dynamique de démocratisation et d’accessibilité, tend à gommer la distinction entre processus d’exclusion et processus structurel de production des exclus. En effet, si la notion d’intégration sociale relève du champ sociologique et caractérise les rapports entre des systèmes sociaux (voire des rapports de classe), l’inclusion sociale se réfère à une approche psychosociologique qui privilégie les rapports entre individus et systèmes sociaux. L’inclusion s’oppose dès lors à l’exclusion appréhendée comme mécanisme structurel de production des exclus. Les politiques publiques inclusives travaillent dès lors à partir du sentiment et du point de vue de celui qui se sent exclu, faisant simultanément courir le risque, d’atomiser le « malaise social ».

Les organisations territoriales sont dès lors soumises à l’injonction de continuellement se réinventer afin de renouveler les formes de reconnaissance de cette diversité. Leur aptitude à élaborer des projets personnalisés de professionnalisation ou de de formation, à mettre en œuvre des services adaptés et situés, font d’elles des organisations apprenantes. La notion tend aussi à devenir un label mis en avant lors de campagnes de marketing territorial, qui devient le pendant positif et vertueux de l’« exclusion » et nouveau vecteur d’attractivité territoriale. A l’heure où les services publics/privés se dématérialisent, l’e-inclusion, ou inclusion numérique, vise les populations vulnérables dans leurs usages numériques et propose à ces individus des parcours adaptatifs, afin de leur garantir accès personnalisés et autonomie, faisant de ces outils numériques un levier de leur inclusion socio-économique.

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